Famicom Detective Club: The Missing Heir & Famicom Detective Club: The Girl Who Stands Behind
Publié le 19 Aout 2023.
J'aimerais m'attarder un instant sur un jeu Switch récent directement édité par Nintendo qui a pas eu une grosse couverture médiatique mais que je viens de finir après une quinzaine d'heures dessus, le sobrement intitulé Famicom Detective Club: The Missing Heir & Famicom Detective Club: The Girl Who Stands Behind.

Histoire
À l'origine, il s'agit de deux jeux d'enquête publiés en 1988 et 1989 uniquement au Japon. Ce sont des visual novels (rédigés entre autres par Yoshio Sakamoto, qui gère la saga Metroid), donc on mange essentiellement du texte, et les couts de traduction n'ont logiquement pas été engagés à l'époque vu que la rentabilité de ce type d'opération n'était pas assurée.
Personnellement, j'en ai entendu parler pour la première fois en Juillet 2019, parce que lors d'une assemblée d'actionnaires de Nintendo, un gusse s'est timidement levé dans la salle pour demander en gros “Dites, euh, moi j'ai bien aimé Famicom Detective Club, ça vient d'avoir trente ans, vous allez en refaire ?”, et il a eu une réponse neutre. En Mai 2021, les remakes des deux jeux sortaient sur Switch, et traduits en anglais avec ça.
Sentant qu'il y avait une stratégie à tenter, trois ans après cette assemblée, un type a dépensé deux livrets A pour s'inviter dans l'assemblée de cette année pour demander des nouvelles de F-Zero. On lui a répondu “Non mais pour Famicom Detective Club, c'était une coïncidence, c'était dans les cartons avant la réu. Vous voulez pas Mother 3 tant que vous y êtes ?”. (La vraie réponse était plus diplomatique.)
Contexte d'achat
Aimant bien les jeux d'enquête en visual novel (enfin, j'ai fait que les Ace Attorney donc c'est déjà bien mais je connais rien en visual novels à côté), je les ai rangé dans ma liste de jeux Switch à faire.
Déjà, mon process habituel fait que je priorise l'achat d'éditions physiques. Et la seule édition physique qui existe, c'est la boite collector japonaise à plus de 100 euros hors taxes et hors frais de port. C'est aussi le seul jeu Switch à plus de 50 euros édité par Nintendo à ne pas avoir d'édition physique en Europe. Et cerise sur le pompon de la timbale, la-dite édition physique n'inclut PAS la traduction anglaise (d'ordinaire, les jeux en édition japonaise que j'achète incluent l'anglais). Donc j'ai attendu deux ans “dès fois que” avant de céder et de prendre l'édition eShop. Finalement, l'idée de payer 150 balles pour un jeu que j'aurais pas pu lire a été freinée par ma raison, qui agit si rarement d'ordinaire, bravo à elle. (Mais quelques mois après avoir écrit cet article, j'ai fini par la trouver moins cher dans un état correct et j'ai cédé, parce que je n'ai aucun sens.)

J'ouvre régulièrement LibreOffice Calc pour tenir un inventaire de mes jeux Switch, dont je récupère les infos avec une série de scripts qui parsent l'API de Nintendo Europe, et où j'ajoute ensuite mes données perso comme mon temps de jeu, mon niveau de complétion et mon avis. Bien qu'affiché sous la forme d'un jeu unique sur l'eShop, Famicom Detective Club se télécharge en deux jeux distincts sur la console et a planté le process de mon backlog, qui n'avait jamais planté pour cette raison.
Les jeux
Je vais enfin parler du contenu des jeux en eux-mêmes. Est-ce que tous ces efforts, dilemmes, régimes d'exception et autres questionnements existentiels valaient le coup ? Est-ce que ces jeux obscurs méritent davantage de lumière ? Ma réponse sera “Mmmouais ...”.
Niveau intrigues, on a “The Missing Heir” qui parle de morts mystérieuses autour d'une histoire d'héritage au sein d'une riche famille, et “The Girl Who Stands Behind” qui parle de morts mystérieuses dans un lycée ayant amené à créer des histoires qui font peur autour de la principale victime. S'agissant de pionniers du genre du visual novel, les histoires ont leurs twists, mais on n'est pas sur les rebondissements rocambolesques d'un Ace Attorney.

Visuellement, j'ai trouvé l'ensemble plus sympa qu'un Ace Attorney par contre. Le rendu est plutôt beau, chaque décor a plusieurs angles de vues, chaque perso a plusieurs poses différentes, là où ces aspects restent encore assez fixes dans les Ace Attorney même récents. Par contre, là où ça coince vraiment, c'est dans le gameplay. J'ai trouvé la progression souvent laborieuse, vieillotte, et pénible à passer.
On dispose de plusieurs actions pour chaque scène. “Voyager” pour choisir un lieu, “Interpeler” pour sélectionner un personnage dans ce lieu, “Parler” avec une liste de sujets à aborder avec le perso sélectionné, “Observer” pour analyser le lieu, “Ouvrir/Prendre” pour faire une action dans le lieu, “Réfléchir” pour parfois déduire des trucs, “Montrer” pour présenter des objets, et “Quitter” qui est utilisé pour sauvegarder, mais aussi in-game pour certaines actions. Le souci étant qu'on a souvent accès à quasi toutes ces actions et que toutes ne sont pas pertinentes. Un peu comme dans les vieux point&click qui bombardent d'infos et de fausses pistes. Et on est pas dans le cas d'un Ace Attorney où un choix de sujet l'indique comme déjà sélectionné ensuite. Pire, il faudra parfois sélectionner une même action plusieurs fois d'affilée, voire faire des allers-retours entre plusieurs actions pour progresser dans le récit. Je me suis donc retrouvé plusieurs fois à buter pendant 10-15 minutes à plus savoir quoi faire et à réexécuter toutes les actions que j'avais à disposition en boucle pour progresser de deux lignes dans le chapitre parce qu'en fait un perso avait pas fini son témoignage concernant un autre perso alors que tout indiquait que si.

Famicom Detective Club sur Switch, ce sont deux remakes de jeux Nintendo obscurs, de beaux visuals novels avec des histoires sympa, mais qui ont vraisemblablement gardé la rigidité des jeux d'origine. À titre de curiosité du catalogue Nintendo, ça vaut le coup d’œil, à condition de s'armer de patience. Sans cette curiosité, il vaut mieux plutôt découvrir un Ace Attorney.
Bien après la publication de cet article, un épisode inédit de la saga est arrivé : Emio – L'Homme au sourire : Famicom Detective Club. Aussi long à lui seul que les deux autres opus Switch réunis, avec moins d'options dans les menus, cette fois traduit en français, mais aussi plus sombre et dérangeant par occasions, c'est un épisode peut-être plus abordable pour découvrir la série (et je l'ai préféré aux deux autres).
