Georges la Saucisse

J'ai écrit cinq contes !

Il était une fois, dans un pays fort lointain, il y a fort longtemps, sous un soleil fort brûlant, loin de Fort Boyard, vivait un être curieux, moitié serpent, moitié fer à repasser, il s'agissait de Maxime le Serpent Fer à Repasser. “Bonjour, je suis Maxime le Serpent Fer à Repasser.”, dit Maxime le Serpent Fer à Repasser, pour se présenter à son auditoire. Maxime le Serpent Fer à Repasser (que je vais appeler juste Maxime dans la suite du récit, parce que son nom est quand même vachement long) était un Serpent Fer à Repasser. Surprenant. Il s'agissait d'un serpent dont on aurait ôté la partie inférieure, pour la greffer au bord d'un de ces anciens modèles de fers à repasser, semblables à une plaque de fer avec une poignée, dont on se servait pour repasser ses vêtements. Parce qu'aujourd'hui, les fers à repasser ne ressemblent plus vraiment à des plaques de fer, y'a toujours une poignée par contre, même si elles ont plus la même tête. Bref. Maxime était né ainsi, sans que l'on sache trop pourquoi. Mais il a fait avec.

Il a fait avec, jusqu'au jour où l'on a frappé à sa porte. Il repassait justement ses vêtements ce jour-là, mais sans utiliser la partie de son corps semblable à un fer à repasser, non ! Il utilisait un fer à repasser électrique, capable de transporter plusieurs litres d'eau et de repasser mille chemises avant d'avoir besoin d'être rechargé. Fantastique. “Je l'ai acheté lors des dernières soldes.”, dit Maxime. “Parce qu'il était moins cher que d'habitude.” En décrivant son achat de la sorte, Maxime venait de définir le principe des soldes. C'est un serpent très cultivé. On avait frappé à sa porte, et il s'y dirigea à une vitesse phénoménale ! En effet, grâce au fer à repasser composant la partie inférieure de son corps, il pouvait glisser sur plusieurs centaines de mètres en peu de temps grâce à la force de friction qu'il provoquait sur le sol. Il ouvrit la porte, se pencha en avant, et vit une toute petite pantoufle.

“Bonjour, je suis une Toute Petite Pantoufle.”, dit la toute petite pantoufle. “Bonjour, je suis Maxime le Serpent Fer à Repasser.”, dit Maxime le Serpent Fer à Repasser, au cas où on aurait pas encore compris. “Je fais partie de la Ribambelle de Pantoufles, et je me suis perdue sur le chemin.”, dit la pantoufle. “Voudriez-vous m'aider à retrouver la Ribambelle ?”. La réponse de Maxime ne se fit pas attendre. Il déclara : “Ouais.”. Le serpent abandonna son repassage, non sans avoir eu le bon réflexe de débrancher son fer électrique. En effet, ne pas le faire aurait pu provoquer un accident domestique. Puis il ferma la porte de sa maison à clé, et partit à l'aventure avec la toute petite pantoufle, pour tenter de retrouver ... la Ribambelle de Pantoufles.

Maxime le Serpent Fer à Repasser

Maxime le Serpent Fer à Repasser et la Toute Petite Pantoufle quittent peu à peu la rue où habite Maxime pour se diriger vers le centre-ville. Mais ils s'arrêtent brusquement devant une affiche collée contre un mur. Quel mur me demanderez-vous ? Et bien je ne sais pas, je n'étais pas là quand ça s'est passé. La Toute Petite Pantoufle en lit le contenu. “Le Cirque Francis Château débarque dans votre ville. Venez découvrir notre Pyramide de Chameaux unique en Europe. Parking du Prixmarché 14h, ticket adulte enfant vente sur place 40€ le spectacle de dix minutes, animaux non nourris, ne pas apporter de cacahuètes.” “Une Pyramide de Chameaux. Chic, je veux voir ça.” s'exclama Maxime avec entrain.

Les voici désormais sur le parking du Prixmarché. Comme convenu, le cirque est également présent. Tant mieux. Mais avant d'aller plus loin, la Toute Petite Pantoufle remarque au loin un chameau debout sur deux autres chameaux. Elle les questionne dès lors. “Bonjour, je suis une Toute Petite Pantoufle. Est-ce que vous faites partie de la Pyramide de Chameaux ?” L'un des deux chameaux au sol avance une réponse. “Oui, on...” “Alors c'est que...” Catastrophe s'était manifestée, le quiproquo était survenu. Le chameau debout sur les deux autres a voulu avancer une réponse également au cours du même laps de temps, et deux chameaux se sont ainsi retrouvés à parler en même temps. “Non, vas-...” “Pardon, je vais...” “T'es sûr que...” “Ouais bon.” Tous deux gênés d'avoir coupé la parole de l'autre, ils tentèrent maladroitement de s'échanger la politesse en se laissant mutuellement la parole. “Parce que bon...” “Non mais si...” “Je jure que...” “Ah mais attends il...” “Bon ZUT.” Le troisième chameau les avait coupé, et c'était tant mieux, parce que sinon on allait y passer la nuit. Il reprit le flambeau de la discussion, tout en ruminant. “Oui, nous sommes la fameuse Pyramide de Chameaux. Mais il se trouve qu'aucun d'entre nous n'a choisi d'être là. Nous avons été capturés voilà quelques années contre notre gré, et nous sommes contraints de faire ce numéro ridicule pour être nourris.” “D'accord.” reprit Maxime. “Par contre, je comprends pas un truc, ils sont où les autres chameaux de la pyramide ?” “Ah, mais on est tous là. Nous sommes les trois chameaux de la pyramide en pleine représentation !” répondit le chameau. “Ah.” s'étonna Maxime. “Oui, initialement, nous étions quatre, mais notre collègue est décédé de famine la semaine dernière.” expliqua le chameau. “Ah.” s'étonna Maxime. “Pardonnez-moi de vous interrompre.” interrompit la Toute Petite Pantoufle. “Mais est-ce que vous auriez vu une Ribambelle de Pantoufles dans le coin ?”. “Non.” répondirent les trois chameaux en choeur, et sans se couper. “Bon, merci quand même.”, conclua la pantoufle, avant de reprendre la route avec Maxime le Serpent Fer à Repasser.

La Pyramide de Chameaux

Hertzenfoulchenheim est une bien belle ville, surtout en cette saison. Les rues sont couvertes de verglas, les commerçants font des offres spéciales sur leurs produits. En pharmacie, on peut par exemple acheter trois tubes de crème solaire pour le prix de quatre. Mais ce n'est pas la parapharmacie qui intéresse Maxime et la Toute Petite Pantoufle, du moins pas encore. Pour traverser le centre-ville d'Hertzenfoulchenheim et son verglas, Maxime dispose d'ores et déjà de l'équipement approprié. En effet, son fer une fois chauffé lui permet de détruire le verglas autour de lui. Mais la Toute Petite Pantoufle risque de mal glisser sur ce verglas, et de se briser la colonne vertébrale. L'occasion de découvrir que les pantoufles ont une colonne vertébrale. Admettons.

Le pas de la porte du marchand de skis est franchi. La pantoufle vient y acheter un ski, qui lui permettra d'adhérer plus facilement au sol. Le marchand l'accueille. “Eh salut à tous les amis je suis le TOU-TOU-TOU-TOU-TOU MARCHAND DE SKIS WUB-WUB-WUB-WUB.” “Euh bonjour.” rétorqua la pantoufle, peu convaincue par l'accueil. “AUJOURD'HUI aujourd'hui AUJOURD'hui promotion-sur-la-marque-TOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOT-Michelski. MICHELSKI, parce qu'on a toujours besoin d'un Michel avec ses skis. tidoudidou” festoya le marchand. “Vous pourriez arrêter s'il vous plaît ? Vous me faites peur.” s'apeura la pantoufle. “Excusez-moi, j'étais encore DJ voilà six mois. C'était mon métier de ... METTRE L'AMBIANCE DANS LA SAAAAAAAAAAAAAAAAAAALLE.”

La pantoufle quitte la boutique.

“Non non revenez, attendez ! J'arrête c'est promis.” “Et bien tant mieux. Je disais donc, je voudrais acheter un ski s'il vous plaît.” “Un ?” “Et bien tant mieux. Je disais donc, je voudrais acheter un ski s'il vous plaît.” “Non, je n'ai pas dit Hein l'onomatopée, j'ai dit Un le CHIFFRE ET QUAND JE DIS UN VOUS DITES.” “Pardon, je veux un seul ski en effet.” “Mais comment on va faire le parallélisme alors ?” “Hein ?” “Mais c'est vous qui voulez un seul ski.” “Non, moi j'ai dit Hein l'onomatopée, pas le chiffre.” “Ah euh, je disais le parallélisme. Il faut deux skis pour paramétrer le parallélisme, et le parallélisme, c'est le plus important pour une nouvelle paire de skis !” “Mais je veux pas une paire, je veux un seul ski, je vous dis ! Je suis une pantoufle, je n'ai pas la place pour chausser deux skis.” “Je ne peux pas vous vendre un seul ski, vous devez en prendre deux. C'est obligatoire, car je dois faire le parallélisme.”

La pantoufle finit par sortir du magasin du marchand de skis, et fait son rapport à Maxime. “Bon, je dois obligatoirement prendre deux skis. Donc la seule solution que je vois dans l'immédiat, c'est de trouver une deuxième pantoufle pour chausser ce ski, sans quoi je ne pourrai pas traverser le centre-ville plein de verglas.” Le Serpent Fer à Repasser encaissa ce rapport, prit le temps d'élaborer sa réponse à la pantoufle de manière à être le plus exhaustif possible sur la stratégie à adopter pour la suite de l'histoire, et donna finalement cette réponse après quelques secondes de réflexion. Il dit : “Ah.”

Le Parallélisme des Skis

Maxime le Serpent Fer à Repasser avait laissé la Toute Petite Pantoufle accrochée à un lampadaire en périphérie du village, en lui promettant de revenir rapidement avec une autre pantoufle pour l'aider à chausser un ski. Quatre chapitres et on s'en sort déjà plus. Ça promet pour la suite. Pour trouver une autre pantoufle, le serpent se dit qu'il serait de bon ton de se rendre dans la décharge à ciel ouvert de Hertzenfoulchenheim. En effet, tout le monde y jette ses déchets, doit bien y avoir une pantoufle qui traîne. Escaladant des monticules de poubelles, se faufilant au travers des grottes de compost, Maxime consulte chaque mètre carré de détritus qui lui passe sous le nez, mais sans trouver une seule pantoufle.

Soudain ... quelque chose bouge au loin ... Maxime affute son regard ... et voit une pile de tables basses se mouvoir ... Pile semblant presque liquide. De loin, on croirait voir le nombre de tables basses grossir, comme si d'autres tables basses s'ajoutaient en continu sous la pile déjà existante. C'est tellement difficile à décrire. “Nooooon, ne faites pas çaaaaa. Noooooon !!!!” Ce hurlement venait de glacer le sang de Maxime. Il s'approcha de la pile pour découvrir ce qu'il s'y tramait. Il distinguait désormais une demi-douzaine de gugusses en blouses blanches, en train de s'affoler, et étant peu à peu submergés par les tables basses. “Pourquoi a-t-il voulu poursuivre les recheeeeerches ???” Ces hurlements viennent de ces gugusses, et Maxime ne sait toujours pas ce qu'il se passe. Puis il passe devant un panneau et le lit à voix haute, afin que l'on puisse suivre le récit. “Site de Terraformation des Tables Basses. Équipe Biologie N°8, ne pas entrer sans équipement approprié. Cacahouètes interdites.” À la lecture de ce panneau, Maxime venait de déduire qu'il assistait à une expérience scientifique qui venait de mal tourner, et que les tables basses allaient prochainement submerger la décharge entière, voire même ... Hertzenfoulchenheim tout entier ! Voire même ... LE VILLAGE VOISIN ! Mais pas plus, parce que là ça fera vraiment beaucoup de tables basses.

Vu que le village voisin est la capitale économique du département, Maxime ne peut pas laisser cette terraformation la submerger sans rien faire. Il compose donc le 17 pour appeler la police. “Tuuuuut.” Ça sonne une fois. “Tuuuuut.” Ça sonne deux fois. “Tuuuuut.” Ça sonne trois fois. “Tuuuuut.” Ça sonne quatre fois. “Tuuuuut.” Normalement, au bout de cinq tonalités, les gens raccrochent. “Tuuuuut.” Mais Maxime est un serpent très patient. “Tuuuuut.” Une fois il a attendu pendant 37 tonalités. “Tuuuuut.” Puis son téléphone avait plus de batterie. “Tuuu-CLAC-Gendarmerie Nationale bonjour.” “Oui bonjour, je suis Maxime le Serpent Fer à Repasser, c'est pour signaler un problème à la décharge de Hertzenfoulchenheim.” “D'accord, vous connaissez le nombre de personnes à maîtriser ?” “Euh non, c'est des tables le problème, pas des personnes.” “Ah mais s'il y a personne à maîtriser, on se déplace pas. Bonne soirée-CLAC-Tuuut-Tuuut-Tuuut.” “Bon tant pis.” Maxime laissa les tables basses submerger la décharge puis repartit chercher une pantoufle ailleurs.

Terraformation de Tables Basses

Une semaine s'était écoulée depuis la catastrophe de la décharge. Comme prévu, les tables basses ont submergé Hertzenfoulchenheim et remplacé toute végétation environnante. La Toute Petite Pantoufle a ainsi pu traverser le centre-ville sans craindre le verglas. Et le marchand de skis est par ailleurs décédé. Le village voisin n'a quant à lui été submergé qu'au quart. Du coup en fait ça va.

Le parc naturel de ce village n'a été submergé par les tables que très peu, mais assez quand même pour créer un nouveau biome climatique. C'est près de ce biome que se retrouvent la Pantoufle et Maxime pour faire le point sur la situation. La Pantoufle entame la conversation. “Bon, je ne parviens définitivement pas à trouver mes consœurs. La Ribambelle de Pantoufles est introuvable. Et avec ce brutal changement environnemental, j'espère juste qu'elles n'ont pas été submergées également.” “Moi j'ai acheté un chapeau.” Maxime décapsule la poignée de son fer à repasser, ce qui révèle une cavité, de laquelle il sort un chapeau ridicule et le met sur sa tête. Il semblerait donc que le fer à repasser cache une besace dans laquelle le serpent range parfois des trucs. La Pantoufle quant à elle continue de parler. “On se retrouvait souvent au centre-ville d'Hertzenfoulchenheim. Maintenant qu'il a été terraformé, je ne sais plus où chercher mes amies.” “C'est un chapeau qui m'a pas coûté cher.” “Et maintenant, je repense à cette pauvre Pyramide de Chameaux, mes problèmes sont bien moindres face aux leurs. Ne serais-je pas égoïste ?” “Le vendeur m'a dit que j'étais le premier à acheter ce modèle alors que ça faisait 8 ans qu'ils en avaient un stock.” “On devrait plutôt les aider à s'échapper de ce cirque. De toutes façons, je suis sûre qu'elles s'en sont sorties, les pantoufles. Je m'inquiète pour rien.” “En plus il rentre pile poil dans ma besace, je sens que je vais régulièrement le transporter.” “J'ai pas envie d'embêter les gens avec ces histoires, en plus, avec ces tables basses, il faut désormais faire face à un bouleversement écologique qui requiert l'attention de chacun.” “Je peux pas mettre beaucoup de trucs dans ma besace, ce chapeau, c'est le premier truc que j'arrive à mettre.” “C'est ... tellement difficile en ... en ce moment. Je sais p-p-plus où donner de la tête.” “Du coup, je laisse régulièrement ma besace ouverte, ça fait de l'air frais, et vu qu'il y a rien dedans, c'est pas bien grave.” “Désolée, ... faut que je parte. À demain.” “Maintenant que je peux y ranger le chapeau, je suppose que je pourrai la laisser ouverte moins régulièrement.” Mais la Pantoufle avait quitté le village voisin. Du coup, Maxime parlait désormais tout seul dans le parc. “Ah non ! Moi j'écoute ce qu'il dit !” Mais ... vous êtes qui ?

Un Chapeau dans ma Besace

Quelqu'un vient de parler en hauteur. Maxime lève la tête, ce qui a pour effet de faire tomber son chapeau. “Ouh là, mais faut pas redresser votre cou si vite. Je sais que je suis pas placé de manière optimale pour vous parler, mais faut pas vous faire un torticolis non plus.” Plusieurs dizaines de mètres au-dessus de Maxime était tendu un fil très fin. Les mots qu'il venait d'entendre provenaient d'un drôle de monsieur qui marchait sur ce fil, les bras tendus, comme s'il imitait l'avion. “Mais qu'est-ce que vous faites là-haut, descendez espèce de maboul.” “Certainement pas, je suis funambule, je travaille au cirque Francis Château, c'est en périphérie d'Hertzenfoulchenheim, passez nous voir !” “Ah oui, comme les chameaux de la dernière fois. Ils vous nourrissent, vous ?” “Non, et d'ailleurs, je n'ai pas mangé depuis près de cinq mois. D'ici quelques jours, j'aurai perdu près de soixante-quatorze kilos, et pourtant, je connais un programme qui me proposerait sept petits déjeuners GRATUITS, sept déjeuners GRATUITS, sept desserts GRATUITS et sept dîners GRATUITS. Je dois juste les appeler le Mardi. Mais j'ai perdu mon téléphone.” “Mais d'ailleurs, vous êtes pas sensé avoir une espèce de bâton pour garder l'équilibre ? Ça a l'air dangereux de faire sans.” “Si, la fameuse Baguette du Funambule ! Bah je l'ai perdue elle aussi. À la boulangerie en plus, ce qui est cocasse, vu qu'ils vendent des baguettes eux aussi ! HaHaHaHaHaHaHa” “Bah pourquoi vous l'avez pas recherchée si vous savez où elle est ?” “Parce que la boulangerie a été remplacée par des tables basses. Je sais pas si vous avez remarqué, c'est un peu le bazar en ce moment.” “Et si on allait la chercher, là maintenant, votre baguette ?” “Sous les tables basses ? Vous voulez faire comment ?” “Bah en se faufilant.” Le funambule prit un air circonspect, puis valida cette idée.

Plusieurs heures étaient passées, mais Maxime et le Funambule étaient désormais au-dessus de la boulangerie d'Hertzenfoulchenheim, ensevelie sous plusieurs milliards de tables basses. “Bon, elle est où votre baguette ?” “Je sais pas, je suis à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de vous, et j'ai fait un test de vue le mois dernier, et mon opticien m'a conseillé de porter trois paires de lunettes en même temps. Alors je suppose que vous êtes mieux placé que moi pour la retrouver.” “Rooooooh.” C'est après ce très beau rooooooh (j'arrive pas à le faire) que Maxime se faufila sous les tables basses et amorça sa descente vers la boulangerie. Cette descente fut quelque peu macabre. Plusieurs personnes décédées avaient vu des tables se terraformer dans leurs corps. Cela avait résolu les problèmes de sciatique de l'une d'entre elles. Le fer de Maxime n'était pas à ses aises. Ne pouvant passer par les endroits les plus exigus, la descente ne se fit pas en ligne droite, et le serpent mit beaucoup de temps à arriver en bas. Mais ça y est ! Il voyait enfin l'enseigne de la boulangerie, et s'apprêta à y entrer. Mais c'est à ce moment qu'il se posa une question essentielle. “Oh zut, je cherchais quoi, déjà ? J'ai oublié.”

La Baguette du Funambule

Après avoir oublié ce qu'il devait chercher, Maxime décida de remonter à la surface. Comme pour la descente, il mit plusieurs heures à se frayer un chemin au sein des tables basses. Et encore, il en mit même plus que pour descendre vu que la gravité aide pas. Une fois remonté, il revoit le funambule à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de lui, qui n'a pas quitté son poste depuis tout à l'heure. “La Baguette du Funambule ! Voilà ce que j'ai oublié !” “Qu'est-ce que vous dites ? Parlez plus fort, je vous rappelle que je suis à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de vous !” “Non, faites pas attention, je redescends !” “Comment ça ? Vous vous vous absentez quatre jours et vous repartez déjà ?” Cela faisait visiblement un peu plus que plusieurs heures que Maxime avait commencé son plongeon. J'ai mal jaugé la durée, mon mauvais.

Maxime redescend donc dans les tables basses à nouveau. Cette fois, il essaie de prendre un autre chemin pour mettre moins de temps pour descendre. Mais qui dit chemin alternatif dit découvertes alternatives. Ainsi, sur l'une des tables, il aperçoit ... une boîte. Il ouvre cette boîte, et dedans, il y a approximativement deux litres de pistou. “Ah ça tombe bien ça, surtout si j'ai pas mangé depuis plusieurs jours. Faut juste que je vérifie la date de péremption.” Il retourne la boîte pour lire la date au dos ... mais vu qu'il a oublié de la refermer avant, tout le pistou lui tombe dessus, il se noie dedans, et ça a pour effet de l'assommer.

Pendant son sommeil forcé, Maxime est victime d'une hallucination, il entend sa propre voix résonner dans sa tête. “La pantoufle, elle est partie la pantoufle. Je ne l'ai pas aidée. J'ai préféré mon chapeau. Mon chapeau est parti, ma besace est vide. Elle est partie la pantoufle. Où est la Ribambelle de Pantoufles. Pas avec la Pyramide de Chameaux. Les chameaux sont exploités. Le cirque les exploite. Le cirque avec le funambule qui a perdu sa baguette. Elle est partie la baguette, je l'ai oubliée dans la boulangerie d'Hertzenfoulchenheim. Hertzenfoulchenheim n'existe plus. Terraformation de tables basses, qui ont terraformé les baguettes, qui ont terraformé les pantoufles, qui vont terraformer le cirque, et les chameaux, et le pistou. Ce pistou, cette boîte de pistou, elle n'est pas terraformée, elle résiste aux tables basses. Il me faut du pistou, beaucoup de pistou, des boîtes de pistou à n'en plus finir, pour stopper la terraformation, sauver les chameaux, la baguette, Hertzenfoulchenheim, les pantoufles, le pistou, beaucoup de pistou, BEAUCOUP DE PISTOU” Maxime se réveille soudainement. Il reprend peu à peu ses esprits, puis ressaisit la Boîte à Pistou (ouh ouh). Il en lit la date, 8 Juin 1999. “Ah bah tu m'étonnes que je fais des hallucinations, j'ai mangé un truc périmé depuis dix-huit ans.” Maxime amorce sa remontée vers la surface.

Deux jours passent. Maxime est à nouveau à la surface. Le funambule est toujours là. “Alors vous avez ma baguette ? Pas trop cuite, j'espère, HAHAHAHAHAHAHA.” “Oh ... j'ai encore oublié.” “Bon écoutez, j'ai pas envie de rester plus longtemps, tant pis, je vais acheter une autre baguette.” “Non attendez ! Désolé, je reviens ... je redescends. Bougez pas.” Et Maxime replonge à nouveau dans les tables basses.

La Boîte à Pistou

D'autres jours venaient encore de passer, et Maxime avait fait l'aller-retour dans les tables basses une bonne demi-douzaine de fois, toujours en ramenant une nouvelle péripétie avec lui, mais qui ne faisait pas avancer l'histoire. Jusqu'au jour où en terminant une descente, il se rendit compte qu'il n'était pas arrivé à la boulangerie comme d'habitude, mais à l'autre bout du village, au-dessus d'une plaque d'égoûts. Dépité d'avoir raté sa descente, Maxime se résigna. “Bon bah foutu pour foutu, je vais aller voir ce qu'il y a dedans.” Il souleva la plaque et entra dans les canalisations de Hertzenfoulchenheim. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant que sous cette plaque, il y avait ... des égoûts. “Ooooooooh.” s'épata Maxime. “Je m'y attendais pas.”

Ces égoûts avaient néanmoins une spécificité pas piquée des hannetons. En effet, en-dehors du fait que les tables basses en avaient recouvert les parois, il se trouve que le village a fait installer ces égoûts en biais. C'est à dire que les couloirs forment un angle de 45° par rapport au sol. Le maire de l'époque avait justifié ça en déclarant que l'eau coulerait plus vite ainsi, ce dont personne n'avait vu l'utilité à l'époque, et aujourd'hui non plus. Et bien ce maire ne se serait certainement pas attendu au fait qu'aujourd'hui, l'eau coulerait dans le sens inverse de la logique hydraulique ... elle remontait la pente. L'eau était comme aspirée vers le haut. Cela mit la puce à l'oreille de Maxime, qui avait étudié la mécanique des fluides dans sa jeunesse. Il avait même obtenu un certificat ! “Oui, un certificat qui atteste du fait que j'ai suivi quinze minutes de cours avant de démissionner.” Ayant toujours souhaité reprendre ses études, Maxime décida de remonter la pente pour voir si quelque chose aspirait effectivement l'eau.

Il arrivit ainsi à la centrale hydraulique de Hertzenfoulchenheim, elle aussi terraformée par les tables basses, mais également inondée. L'eau ne semblait néanmoins pas y être aspirée, au contraire, il y avait même des formations de petits lacs sympa pour se baigner. Le serpent trouvit l'un de ces lacs très jolis, et décida de replonger dans les égoûts après avoir terminé les trois semaines de vacances qu'il venait de passer au bord de ce lac, non sans avoir pêché trois vivaneaux. Ce sont des raretés.

Le courant aquatique continuait de s'écouler dans le sens inverse de la logique hydraulique dans les égoûts, et Maxime décida donc d'aller voir ce qu'il se passait à l'autre bout de la chaîne. Et il y trouvit ... une Toute Petite Pantoufle, mais pas la même que d'habitude. “Ah, enfin quelqu'un !” cria cette pantoufle. “Au secours, je ne tiens plus, je vais me noyer, venez m'aider !” Cette pantoufle était en fait submergée par l'eau qui venait du sommet des égoûts, et donc repoussait cette eau, et elle repoussait cette eau tellement vite que cela inversait le sens du courant. Qu'elle est forte cette pantoufle ! “Bah faites juste un pas sur le côté pour vous hisser sur la table qui est au sec à côté de vous, non ?” analysa Maxime. “Mais vous avez raison !” La Pantoufle fit un pas sur le côté et se sauva ainsi de la noyade. N'ayant plus de force pour la repousser, l'eau des égoûts redescendit comme à l'accoutumée, en respectant le principe de la logique hydraulique.

Logique Hydraulique

Remontons dans l'espace-temps un instant, ... autrement dit, on va faire un flashback. Nous sommes dans la maison de la Toute Petite Pantoufle que Maxime a sauvé tout à l'heure, mais dans le passé, du coup elle a pas encore été sauvée à cette époque, j'espère que vous suivez. Cette maison est mitoyenne de la décharge de Hertzenfoulchenheim, et nous sommes quelques minutes avant que la Terraformation des Tables Basses ne se produise. La Toute Petite Pantoufle a placé une cassette vidéo dans le magnétoscope relié à sa télévision à tube cathodique. Nous sommes bien à l'époque contemporaine, c'est juste sa maison qui est un peu rétro. La pantoufle se pose sur son canapé, en compagnie d'un tournevis et d'un climatiseur. Le titre de la cassette vidéo s'affiche à l'écran : “Vérifiez l'Étanchéité de votre Climatiseur avec Henry Bidoune.”. Le titre s'efface sur un fondu étoilé, et laisse sa place à Henry Bidoune, en compagnie d'un climatiseur et d'un tournevis. Il prend la parole.

“Bonjour, je suis Henry Bidoune, le célèbre comédien de spectacle, et aujourd'hui, je vais vous apprendre à vérifier l'étanchéité de votre climatiseur ! Il est important de garder un œil sur l'étanchéité de votre climatiseur. N'hésitez pas à reproduire les étapes que je vais vous montrer, au moins une fois tous les trois jours pour garantir à votre climatiseur une durée de vie optimale ! Étape numéro une : appuyez sur le bouton intitulé 'Off' situé sous votre climatiseur afin de procéder à son extinction, car il est difficile d'en vérifier l'étanchéité quand il est en marche. Étape numéro deux : coupez l'électricité de la pièce dans laquelle est située votre climatiseur, cela vous évitera les risques d'une électrocution qui pourrait vous être fatale pendant la manipulation. Étape numéro trois : dévissez la vis située sur la partie inférieure de votre climatiseur. Étape numéro quatre : tout en gardant une main située sous votre climatiseur, afin de le maintenir au mur en cas de chute, dévissez la vis située sur la partie supérieure de votre climatiseur. Étape numéro cinq : votre climatiseur étant à présent séparé du mur où vous l'avez fixé, vous pouvez en retirer le capot de protection sans problème. Étape numéro six : repérez le petit boîtier de couleur verte situé près du bouton intitulé 'Off', et dévissez-en le bouchon qui y est situé en amont. Étape numéro sept : si aucun liquide ne se situe dans le boîtier de couleur verte que vous venez d'ouvrir, alors l'étanchéité de votre climatiseur est optimale ! Autrement, n'hésitez pas à contacter votre concessionnaire afin qu'il puisse procéder à une analyse plus détaillée de votre climatiseur.”

La Toute Petite Pantoufle suivait attentivement Monsieur Bidoune, et reproduisait les étapes du tutoriel sans problème, du moins, jusqu'à l'étape numéro six, où en dévissant le bouchon, une quantité impressionnante d'eau s'échappa du petit boîtier de couleur verte. À première vue, il ne pouvait contenir qu'un demi-litre d'eau au mieux, mais ce sont des centaines de litres d'eau qui s'en échappèrent en un temps record, assez pour propulser la pantoufle hors de sa maison, et la faire tomber dans une plaque d'égoût ouverte devant sa fenêtre. Le courant aquatique l'emporta loin de chez elle, mais elle parvint après une fougueuse lutte à commencer à repousser l'eau qui l'attaquait. Et c'est après plusieurs jours de lutte que Maxime la trouva.

Le climatiseur de son côté avait cessé d'ajouter de l'eau à la situation quelques minutes après l'accident, donc bien avant le sauvetage de Maxime. La maison de la pantoufle était inondée, mais l'eau s'en était échappée rapidement, et avait rejoint la décharge ... et atteint une drôle de machine dans laquelle était enfermée ... une table basse.

L'Étanchéité du Climatiseur