Georges la Saucisse

J'ai écrit cinq contes !

Le soir tombait à vue de nuit. Louis Quatorze avait reçu un e-mail sur son téléphone portatif. Il provenait d'une personne inconnue qui lui donnait rendez-vous au sommet du Pont de Métal du village voisin, avec la promesse de venir avec des pépins. Nul n'en fallait davantage pour motiver le Peleur de Peaux à se rendre au lieu sus-dit.

Le Pont de Métal du village voisin était une structure impressionnante. Construit à partir de plusieurs millions de tonnes de différents métaux, il culminait à deux mille mètres de haut et s'allongeait sur une dizaine de kilomètres, et permettait de relier la Rue des Trains et la Rue des Avions, deux rues qui n'étaient en temps normal séparées que d'une dizaine de mètres. En résumé, ce pont avait donc la forme de la lettre O, et ne servait à rien, si ce n'est gâcher le paysage.

Théo-Gandalf le Citron n'était pas loin de ce pont, il observait le sommet avec une paire de jumelles, parce qu'il voulait vraiment pas croiser le jardinier. Mais le crocodile était bien présent pour accueillir le criminel, qui venait d'arriver.” “Bonjour, groar groar.” “Euh bonjour.” L'ambiance était tellement sèche qu'il s'est mit à pleuvoir à ce moment, pour qu'un trop grand déséquilibre climatique soit évité. “Euh, c'est vous qui m'avez donné rendez-vous par courriel ?” “Oui, groar groar, je joue l'intermédiaire pour une autre personne qui souhaite vous parler.” “Euh si c'est le scientifique, je lui ai déjà dit que je passerai la semaine prochaine.” “Ce n'est pas Théo-Gandalf.” Le crocodile se retourna, le tonnerre gronda, de Gandalf le Chanteur venait cette voix. “Euh bonjour papa.” “Bonjour Fernand.” “Je vous laisse, cronch cronch, vous avez certainement beaucoup de choses à vous dire.” “Euh mais pourquoi vous êtes là en fait ?” “Votre père n'avait pas d'adresse mail cronch cronch, alors j'ai envoyé le message à sa place.” “Euh et pour le pont ?” “Je venais un peu profiter de la vue, mais c'est raté, le temps est atroce, groar groar.”

Le crocodile commença à essayer de descendre du Pont de Métal, mais la pluie ne rendait pas la chose aisée. La chaussée était glissante car en effet, quand on marche sur du métal mouillé, ça glisse. Les retrouvailles entre le père et le fils n'étaient pas facilitées non plus. En effet, en essayant de tenir leur discussion, ils ne purent s'empêcher de glisser à leurs tours à chaque phrase, tout en poussant de petits cris de surprise. “Euh ça va ?” wouh “Tu m'as extrêmement déçu” ooh “Fernand.” “Euh c'est Louis Quato” ooo “rze désormais, papa.” “Tu seras toujours mon Fernand, Fernand” iih “, même si tu pèles des gens, mais cela me déçoiaaaAAAAAAAA” Gandalf le Chanteur avait glissé sur plusieurs mètres et était tombé du pont !

Quelques instants plus tard, Louis Quatorze était descendu du pont, non sans glisser à maintes reprises, mais sans chuter. Nul doute que son père avait des choses à lui dire, mais il était trop tard, il était décédé spontanément des suites de sa chute. Le crocodile attendait en bas. Le jardinier n'avait pas l'air plus sous le choc que ça, mais observa un moment le corps de son père, en déclamant un hommage, sans jamais marquer une seule hésitation. “Il est venu avec ses pépins au sommet de ce pont, et a terminé son voyage avec eux. Il a bâti toute mon existence autour de ces pépins, et ceux-ci nous ont dévoré tous les deux. Tout ceci était vain depuis le début. Jusqu'à leur mort, les gens porteront leurs pépins en eux. Ça ne sert à rien de les enlever, car il en revient en permanence. Et à leur mort, leurs pépins restent sous leur peau, cette peau qui les aura protégé jusqu'au bout. Cette peau a protégé mon père, et est maintenant en mille morceaux, mais ses pépins sont toujours en lui. Si je veux que les pépins soient détruits à la mort de leur porteur, je dois leur retirer cette protection. Je dois être le Peleur de Peaux, je dois peler, toutes les peaux, de tout le monde, pour que sous la peau, les pépins périssent.” Louis Quatorze leva la tête en direction du crocodile. “Prévenez votre ami, il sera le premier à être pelé demain, puis je pèlerai la peau du monde entier.”

Glissants sur la Glissante

Il n'y avait plus une seconde à perdre pour qui que ce soit. Le combat final approchait, et Théo-Gandalf était en grand danger de décéder. Bien que l'on parle des méfaits commis par le Peleur de Peaux depuis un moment maintenant, nul ne connaissait son mode opératoire. Il a commencé à découper Clémentine l'Orange alors qu'elle était consciente et en lui faisant croire qu'il s'agissant d'un accident ; et on savait qu'il avait découpé une pomme, et que celle-ci avait été retrouvée au milieu de la route, écrasée par un camion peu après.

Ne sachant donc pas comment Louis Quatorze allait agir, le crocodile et le scientifique décidèrent de chercher des renforts, en instaurant une campagne de recrutement accélérée. Pour cela, l'une des inventions de Théo-Gandalf fut utilisée : un skateboard d'argent. Il s'agissait d'un skateboard recouvert du métal argent, qui permet de décupler l'aérodynamique du véhicule. Ainsi, le crocodile et le scientifique pouvaient parcourir les rues de Hertzenfoulchenheim à une vitesse phénoménale, et ainsi croiser un nombre de personnes astronomique, et donc alpaguer plein de monde en espérant que quelqu'un serait intéressé pour les aider à terrasser un déchiqueteur. Ils avaient pour cela installé un drapeau avec le logo d'une agence d'emploi sur le skateboard pour que les gens soient obligés de monter contre leur gré.

Seul problème : au vu de la vitesse du skateboard, il était impossible de freiner régulièrement sans se mettre en danger, et les entretiens devaient donc s'effectuer alors que le véhicule était encore en train de rouler. Le crocodile se chargea alors de capturer des gens pendant le trajet pour les faire monter sur le skateboard, et Théo-Gandalf les interrogeait. Chaque entretien ne devait pas dépasser les cinq secondes, car le skateboard ne pouvait pas accueillir plus de personnes que ça, et qu'il fallait interroger un maximum de passants. À l'issue de chaque entretien, le crocodile éjectait le candidat du véhicule pour en capturer un autre.

Le contexte étant placé, découvrons à présent un extrait de ce voyage, qui se déroule sur une minute : “Cronchcronch ! J'en ai un !” “Ouaaah mais qu'est-ce qu'il se passe ?” “Bonjour monsieur, je suis Théo-Gandalf, voici mon camarade crocodile, nous cherchons des gens pour nous aider à capturer un tueur, ça vous intéresse ?” “Certainement pas, laissez-moi tranquille.” “Très bien barrez-vous.” “AAAAaaah.” “Cronchcronch en revoici !” “Mais lâchez-moi, je dois aller bosser !” “Bonjour monsieur, je suis Théo-Gandalf, voici mon camarade crocodile, nous cherchons des gens pour nous aider à capturer un tueur” “Je m'en fiche, je suis à la bourre, foutez-moi la paaiiiiiiiiiix !” “Cronchcronch, la fille là-bas !” “AAAAAH !” “Bonjour madame, je suis Théo-Gandalf, voici” “Par pitié, j'ai déjà fait un don, relâchez mes enfants !” “Euh non c'est pas nous mais c'est trop tard mon confrère va” “AAAAAH !” “OOOOOH !” “Croco, est-ce que tu viens vraiment d'éjecter la candidate précédente en la percutant avec le candidat suivant ?” “Quoi ?” “Cronchcronch le temps est écoulé.” “Eeeeeeh !” “Ne refaites plus ça, c'est trop dangereux de sauter une étape. Ah, excusez-moi je parlais à mon collègue. Bonjour monsieur, je suis Théo-Gandeh ! Mais laissez-moi finir l'entretien !” “Cronchcronch, on a dit cinq secondes par entretien !” “Vous êtes en-dessous !” “Cronchcronch, tenez un enfant !” “OUIIIIN !” “Bonjour petit, je suis Théo-Gandalf, voici mon camarade cro” “ÇA EXISTE PAS LES CITRONS QUI PARLENT !” “Et bien moi si et il se trouve que.” “OUIIIIN !” “Vous pourriez être moins brusque avec les enfants !” “Cronchcronch on a pas le temps ! Tenez la suivante !” “AAAAAH !” “Bonjour madame, je suis Théo-Gandalf, voici eh ! Mais vous êtes la même personne que tout à l'heure !” “AAAAAH !” “Oups cronchcronch, je crois qu'elle a fait une mauvaise chute !” “Manœuvrez ! Il y a un mur devaaaant !”

Le crocodile et le citron s'étaient écrasés contre un mur, détruisant le skateboard au passage. Sur ces deux heures de trajet, ils n'avaient pu recruter personne. Ils se dirent qu'à la base, c'était quand même une idée stupide.

Le Skateboard d'Argent

Minuit approchait, demain aussi, ce demain que le Peleur de Peaux avait annoncé comme jour de passage. Il n'allait pas délivrer de lettre recommandée comme les facteurs, mais la mort ... Le crocodile et Théo-Gandalf étaient dépassés par la situation. Ils allaient devoir affronter Louis Quatorze seuls. Seuls ? Non, car un personnage qu'on avait partiellement oublié choisit de se manifester à ce moment.

“Ah vous êtes là.” réalisa Clémentine l'Orange Gravillonnnée qui entrait dans la même rue que nos deux gugusses. “Ah vous tombez bien, cronch cronch. Nous allons affronter le jardinier de l'extrême demain, voulez-vous vous joindre à nous cronch cronch ?” “Ah bah vous manquez pas d'air. Je vous ai vu l'autre jour discuter avec lui dans cette même rue. Vous étiez même en train de partager une pastèque.” “Euh non,” enchaîna Théo-Gandalf, “ on essayait de comprendre son comportement dans l'idée de lui faire changer d'avis.” “Ça ne change rien, ce monstre a déchiqueté ma peau et mis mon existence en danger. Pourquoi vous avez cherché à débattre avec quelqu'un qui attente à la vie de son prochain ?” “On ne voulait pas être convaincus, cronch cronch.” répondit le crocodile. “On a voulu le raisonner, et ça n'a pas marché.” “Vous me dégoûtez, dire que c'est vous qui m'avez sauvé la vie, en fait vous vouliez juste vous faire bien voir.” “Mais puisqu'on vous dit qu'on est pas d'accord avec lui ! Et il y a de quoi ! Il m'a promis le même sort que vous pour demain !” “Ah bah vous avez le privilège d'être prévenu à l'avance, contrairement à moi.” “Groar groar, vous n'avez pas plutôt une solution pour l'arrêter ?” “Et bien j'aurais bien une idée ... il existe un feutre, à l'encre si indélébile qu'il fut caché voilà bien longtemps par le conseil municipal de Hertzenfoulchenheim, qui craignait qu'on l'utilise à mauvais escient. Ce feutre est si puissant que si l'on passe son encre sur notre peau, cela lui offre une couche de protection impossible à transpercer, impossible à peler.” “Oui cronch cronch, mais si l'encre est indélébile, ça veut dire qu'il faudra garder cette encre sur sa peau pour le restant de ses jours, voire au-delà, cronch cronch.” “C'est ça ou ne pas avoir de peau et mourir.” “Bon très bien, mais si le feutre est caché, on aura jamais le temps de le trouver d'ici demain, et je vais quand même mourir du coup.” “J'ai fait partie du conseil municipal, je sais où est ce feutre. Il n'est pas loin. Disons que je vous dis où il est, ça sauve votre vie, comme ça on est quitte et je n'aurai plus à entendre parler de vous ensuite.” “... bon d'accord, sauvez-moi, merci d'avance.” “Il est sous une trappe au sommet du Pont de Métal, tout en haut.” “Mais le crocodile y était voilà quelques heures ! Vous auriez pas pu le dire plus tôt ?” “Vous allez être horrible jusqu'au bout en fait. Débrouillez-vous maintenant, et adieu !”

Clémentine s'en est allée. “Cronch cronch, ce qu'elle oublie de dire, c'est qu'à cause des accidents de glissades, le pont a été fermé entre-temps pour rénovations, on peut plus monter tout en haut.” “Ça dépend, faites-moi la courte échelle pour voir !” Pour arriver tout en haut du pont, il fallait atteindre les deux mille mètres de hauteur. Le crocodile se mit debout, et Théo-Gandalf grimpa sur lui, mais ils peinaient à dépasser les six mètres, même en sautillant un peu. Le scientifique dut livrer une constatation : “Oui non, c'est trop haut en vrai.”

Le Feutre en Haut

La journée qui venait allait être difficile. Théo-Gandalf décida de passer une bonne nuit de sommeil avant d'affronter le Peleur de Peaux. Le crocodile restait dans la pièce d'à côté pour surveiller les environs, mais s'assoupissait aussi de temps en temps, parce que toute cette épopée restait assez fatigante tout de même.

En s'assoupissant également, Théo-Gandalf fit un rêve. Il était dans la pénombre. Il voyait à peine ce qui se dressait devant lui, si ce n'est une zone plus lumineuse. Il s'en approcha. Des notes de piano résonnaient. Ce piano était dans la zone lumineuse. Le scientifique s'approcha à nouveau. Le pianiste n'était autre que Gandalf le Chanteur, qui jouait les notes de sa chanson 'Je mange des clous', de manière assez lente. Il chantait également.

“Et quand bien mê-ê-ême je mange des clouuus.” Toujours dans la pénombre, Théo-Gandalf se permit un commentaire. “Attendez, mais vous êtes vivant ?” “Non Théo-Gandalf, je suis bien mort, vous êtes dans un rêve, et je passe vous faire un dernier coucou avant votre affrontement demain.” “Ça veut dire que les morts peuvent hanter les rêves ?” “Ça où alors je suis une représentation de votre subconscient.” “C'est intéressant comme sujet, ces rêves lucides. J'aurais bien fait une thèse dessus si je n'allais pas mourir demain.” “Vous êtes bien défaitiste. Vous pensez vraiment que vous allez perdre face à mon fils ?” “Faut dire que votre mort a pas facilité les choses, maintenant il a l'air énervé, alors qu'avant il avait pas l'air de ressentir d'émotion.” “Je suis vraiment désolé. J'ai toujours cru que les conversations sur la météo ne servaient à rien, et au final, c'est la météo qui m'a tué. Quelle indignité.” “Ne vous excusez pas, ça arrive à tout le monde de mourir. Même moi.” “À ce point-là, je crois que vous avez vraiment envie d'en finir. Dois-je vous rappeler que vous ne savez même pas comment mon fils opère, ni combien de personnes ont été ses victimes ? Il n'est pas forcément un tueur professionnel, si vous résistez, vous pouvez vous en sortir !” “Il sait jongler avec des sécateurs quand même.” “... oui, j'avoue c'est chaud.” “Et il est déterminé. Il n'a pas bronché une seule fois pendant notre débat, comme si faire du mal aux gens était naturel pour lui. Tant qu'il n'aura pas eu ma peau, il m'attaquera.” “Alors c'est peut-être à vous de mettre un terme à ses agissements.” “Vous voulez que je tue votre fils ?” “On pourra peut-être avoir une discussion sans glisser, dans l'au-delà.” “Vous souhaitez la mort de votre fils ?” “Je représente votre subconscient, pas votre morale. Le vrai Gandalf le Chanteur aurait peut-être eu une opinion différente.” “Vous cassez vachement l'ambiance quand même. Normalement, dans des rêves de ce genre, les morts doivent donner des conseils utiles.” “Bah écoutez, ma vie se résume à avoir chanté que je mangeais des clous. Et mes autres chansons sont pas plus utiles que ça, vous les connaissez bien. Désolé de pas avoir été un chanteur engagé ou imaginatif. Allez, maintenant, levez-vous.” “Je me lève ?” “Levez-vous ...”

Le visage de Gandalf le Chanteur se muait peu à peu en visage de Louis Quatorze. Théo-Gandalf avait ouvert les yeux car oui ! Les citrons ont des yeux, c'est juste qu'on les voit pas. Face à lui se dressait Louis Quatorze, qui était entré alors que le crocodile était assoupi. Il avait un épluche-patates en main. Bien que la nuit était encore en cours, nous étions demain, le demain où le Peleur de Peaux avait promis son arrivée. Le Peleur de Peaux qui avait annoncé sa venue avec ces deux mots : “Levez-vous ...”

Le Pianiste Lumineux

Théo-Gandalf quitta son domicile avec précipitation, en sautant par la fenêtre, cette même fenêtre où il avait lu la lettre, entendu Clémentine l'Orange pour la première fois, et plein d'autres choses encore. La chute ne fut pas bien haute mais n'en resta pas moins brutale. Il fallait rappeler que la route manquait de gravillons, et qu'y chuter, c'était la promesse de se faire de sacrés bobos. Les corps des vélocyclistes n'avaient toujours pas été enlevés non plus, de même que celui du crocodile. Ce crocodile qui était toujours également présent au domicile du scientifique mais qui ne s'était pas réveillé. Le citron n'avait pas le temps d'assimiler et d'analyser toutes ses informations, ... il devait fuir. “Attendez-moi, ...” soupirait le Peleur de Peaux. “Si vous bougez trop, vous aurez encore plus mal.” Mais Théo-Gandalf avait déjà mal, vu qu'il avait atterri sur le bitume sans gravillons. Il avait perdu une partie de son écorce. “Tenez, en voilà des bouts de peaux !” “Non mais ça suffit pas, faut que j'enlève tout, sinon ça protège encore trop.” Louis Quatorze lança son épluche-patate, que Théo-Gandalf put esquiver. Il en avait d'autres avec lui, alors le scientifique reprit sa course tant bien que mal, en sautillant au-dessus des vélocyclistes.

Il courait, il courait, il courait sans discontinuer. Il découvrait par la même occasion des rues d'Hertzenfoulchenheim dans lesquelles il n'était jamais passé, des rues encore encombrées de tables basses, ... mais surtout des rues désertes. On était en plein milieu de la nuit, plus personne ne circule à cette heure-là. Faut dormir à un moment. Le scientifique ne savait pas où aller, ne savait pas ce qu'il faisait. Lui qui avait toujours tout contrôlé dans ses expériences était perdu, paniqué. Le Peleur de Peaux le suivait, sans courir néanmoins, mais en étant assez agile pour ne jamais se laisser distancer. Parfois il lui lançait des épluche-patates, parfois des ustensiles de jardinerie, comme des sécateurs, des pieds de tomate, parfois même des fraisiers entiers ! Le citron aurait dégusté ces fraises en temps normal, mais le temps n'était pas normal, il n'avait pas le temps. Ces divers projectiles atteignaient parfois Théo-Gandalf, parfois non. Son écorce prenait des coups, il se tordait de douleur, il hurlait, mais devait continuer de courir. Louis Quatorze semblait disposer de ressources illimitées, il ne faiblissait pas. Son expérience de jardinier de l'extrême était mise en avant. Il s'agissait bien d'un professionnel, contrairement à ce que laissait suggérer son ersatz de père dans le chapitre précédent.

Mais victoire ! Les renforts arrivaient ! Le crocodile s'était réveillé et était parvenu à retrouver Théo-Gandalf en chevauchant une grue-grue ! Il s'agissait de l'oiseau grue sur lequel avait été posé l'engin de chantier grue. Du coup, quand l'oiseau grue s'envole, le sommet de l'engin de chantier grue était encore plus haut qu'en temps normal. Le crocodile étant très haut dans le ciel, il avait pu bénéficier d'une vue optimale pour retrouver le citron. Il hurlait à présent depuis la grue-grue : “Louis Quatorze, cronch cronch ! Rendez-vous !” “Vous êtes très haut, faites attention de pas tomber.” “Si vous voulez une peau, prenez la mienne ! Je suis capable de muer instantanément ! Ma peau est illimitée !” “Ah mais c'est votre peau qui est dans ma rue alors !” réalisa Théo-Gandalf en étant essoufflé. “C'est votre peau qui a arrêté les vélocyclistes l'autre fois, c'est pas vous directement ! Vous êtes pas magicien alors !” “Oui, désolé de vous avoir menti, cronch cronch, c'était pour l'effet de spectacle. On m'a même mis dans le journal, ils avaient fait un titre rigolo, ça disait 'Hugo le Croco, le magicien qui détruit des vélos', cronch cro” Le crocodile n'eut pas le temps de finir sa phrase, sa grue-grue avait percuté le Pont de Métal parce qu'il n'était pas attentif. Il put atterrir sans mal sur le sommet, mais était désormais trop loin de l'action pour être d'une quelconque utilité pour Théo-Gandalf. La prochaine fois, il fera attention en conduisant.

Théo-Gandalf continuait de courir, et était désormais sorti de la ville, il avait couru pendant bien trop de kilomètres et commençait à être épuisé. Le Peleur de Peaux le suivait sans relâche, toujours doté de son flegme habituel, et disposant toujours de nombre d'outils tranchants mettant la peau du citron en péril. Ce dernier avait désormais posé le pied sur un tapis rouge car oui ! Les citrons ont des pieds. Une des extrémités de ce tapis débutait à quelques mètres d'ici, et le reste du tissu se déroulait dans une forêt. “Ah, parfait.” constata le jardinier de l'extrême. “Vous êtes arrivé au meilleur endroit pour être découpé, suivez le tapis, on va terminer le processus à l'autre bout.” Théo-Gandalf était faible. Il perdait toujours plus d'écorce, et sentait son heure arriver. Il en avait assez, et avait compris que c'en était fini. Alors il choisit d'obéir au Peleur de Peaux, et d'avancer le long du tapis.

Bien que Louis Quatorze s'était fait comprendre, il continuait de lacérer Théo-Gandalf le long du chemin, avec l'un de ses épluche-patates. Le scientifique continuait de s'affaiblir, et laissait toujours plus de peau derrière lui. Puis les deux gugusses étaient parvenus à l'autre bout du tapis, qui terminait en un autre gros tapis de forme circulaire et concave. Il s'agissait d'une ancienne zone de sacrifice, où l'on sacrifiait à peu près tout et n'importe quoi quand on savait pas quoi faire. Arrivés au centre du tapis, le Peleur de Peaux commença son rituel. “Bon, vous verrez, ça fait pas mal.” dit-il, ... puis transperça Théo-Gandalf avec son épluche-patates. Et un cri atroce fut poussé. Un coup fatal avait été porté ...

Le Peleur de Peaux (Partie 1)

Ce coup fatal, c'est celui qu'avait reçu le Peleur de Peaux. Un feutre avait traversé son corps et l'avait découpé en deux. Ce feutre avait été projeté de très haut dans le ciel ! L'épluche-patates n'étant pas planté profondément dans la peau de Théo-Gandalf, ce dernier put le retirer avant de s'effondrer au sol et de regarder dans le ciel. Il y avait une grue-grue ! “Croco ! Je savais que je pouvais compter sur vous ! Merci !” “Faut forcément que ce soit votre pote. Il a pas l'exclusivité des grues-grues, vous savez.” C'était Clémentine l'Orange Gravillonnée qui était au sommet. “Ah, c'est vous ...” constata le scientifique, ravi de revoir son amie. “Et bien oui, votre ami s'est écrasé juste à côté de la cache du feutre, mais vu que sa grue-grue était cassée, il pouvait pas vous l'apporter. Vu que je vous ai suivi à bord d'une autre grue-grue, j'ai pris le relais. Puis je me suis dit que la pointe du feutre était tout de même assez tranchante pour zigouiller quelqu'un, alors j'en ai profité pour mettre un terme au Peleur de Peaux.” “Vous m'avez sauvé la vie, merci beaucoup.” “C'est pas pour vous que j'ai fait ça, c'est pour tous ceux qui auraient subi ce monstre par après.” “Merci beaucoup, j'ai dit !” “Allez, adieu.”

Clémentine l'Orange Gravillonnée était repartie. Théo-Gandalf se releva tant bien que mal. Il lui manquait une bonne partie de son écorce. Il se roula alors dans la terre pour cicatriser ses plaies, en espérant ne pas attraper le tétanos. Puis il revint au centre du tapis pour emporter la dépouille de Louis Quatorze, avant de constater qu'il respirait encore. “... je vous avais dit ... que ça ferait pas mal ... vous réagissez de manière disproportionnée.” “Ah mais vous voulez pas mourir ?” “Je suis ... coupé en deux ... je n'en ai plus pour longtemps.” “Bon, bah vous avez une dernière volonté avant de partir ? En-dehors de la volonté de me faire la peau ?” “... non ... je vais mourir avec mes pépins, ... comme mon père.” “Oh mais arrêtez avec ça ! On peut pas comparer les pépins métaphoriques avec les pépins physiques comme vous le faites ! Un pépin métaphorique, c'est partir de chez soi le matin en oubliant son parapluie, et puis il y a un cyclone qui frappe la région dans la journée ; c'est vouloir débarrasser des araignées avec des allumettes dans sa cave et brûler sa maison sans faire exprès ; c'est avoir le robinet de la salle de bains qui fuit et appeler le plombier, mais il peut pas venir parce qu'il est enfermé dans un jeu vidéo ; c'est se promener dans les bois et tomber dans des ronces, et se faire tuer par un chasseur pendant qu'on enlève ses épines ; c'est bousiller son clavier d'ordinateur parce qu'on a mangé dessus et que ça a laissé plein de miettes dedans ; c'est faire tomber son portefeuille dans les égouts après s'être préparé à aller déposer de l'argent à la banque ; ... mais ce n'est certainement pas un pépin physique, qui provoque juste une sensation de picotement dans les jambes quand on court !” “... vous avez repris du poil de la bête depuis notre course-poursuite.” “Je suis désolé que vous ayez à mourir après toute cette histoire, mais comprenez qu’à la fin qu'il faut demander la permission aux gens avant de les peler ! Nous vivons dans une société, on ne peut pas faire n'importe quoi avec l'avis des autres !” “... parce que vous ... pensez que j'étais d'accord pour être tué ?” “Et bien justement, vous ressentez ce qu'ont ressenti les gens avant que vous n'enleviez leur peau.” “Je ne les ai pas tué.” “Vous leur enleviez un organe vital ! Vous avez connu beaucoup de gens qui pouvaient survivre sans avoir de peau ? Vous auriez dû commencer par tailler la votre pour voir ce que ça faisait !” “... laissez tomber ... je sens ... que je pars vraiment cette fois.” “... votre père vous attend dans l'au-delà. Du moins, je crois, j'ai pas tout compris.”

Théo-Gandalf tourna les talons et quitta le tapis.

Et c'est ainsi que se termina cette aventure. Le crocodile avait pu récupérer Théo-Gandalf alors qu'il quittait la forêt, et s'occupa de ramasser toute l'écorce qu'il avait perdu pour lui recoudre sous peu. Louis Quatorze avait découvert qu'il n'y avait rien après la mort, et donc que son père ne l'attendait pas. Quelle arnaque. Avec l'un de ses propriétaires manquant à l'appel, le dojo de jardinage de l'extrême allait fermer. Bernaud allait faire le tour du monde sur le dos de son cousin dragon, parce qu'il ne manquait pas de toupet. Clémentine l'Orange Gravillonnée avait changé de région. Chevauchant toujours sa grue-grue, elle s'était mise en quête de résoudre les injustices pour lesquelles les forces de l'ordre ne voulaient intervenir. La morale de cette histoire, est qu'il faut respecter le consentement des gens.

“Attendez, j'ai une dernière question.” Alors qu'il quittait le tapis, Théo-Gandalf venait d'interrompre la conclusion de ce récit, merci de m'avoir coupé. “Vous avez retiré les pépins de combien de personnes en tout ?” “... j'ai pas compté, des dizaines je dirais.” “Et qu'est-ce que vous avez fait de tous ces pépins ?” “Je les ai donné à un ami ... On était pas toujours d'accord, ... mais on se parlait quand même. ... Il m'a demandé ... s'il pouvait récupérer les pépins, j'ai accepté. ... Je ne sais pas ce qu'il en a fait. ... Demandez-lui directement, il s'appelle ... Francis Château.”

Le Peleur de Peaux (Partie 2)

Livre rédigé du 01 au 24 Novembre 2019.

Raphaël le Panda conduit un Océan

Chapitre 1 – Raphaël le Panda Chapitre 2 – Le Requin Bassiné Chapitre 3 – Les Clapotis du Bateau Chapitre 4 – Soixante Coucous Chapitre 17 – Un Naufrage dans Longtemps Chapitre 5 – Le Camion Imaginaire Chapitre 7 – L’Archipel de Newton Chapitre 6 – La Boule et les Phalanges Chapitre 8 – L'Hôtel des Philosophes Chapitre 74 – ssh robot_raphael@257.74.2019.arf Chapitre 10 – Le Débarquement du Robot Chapitre 11 – Le Bureau de l'Antéchrist Chapitre 12 – Le Président des Horodateurs Chapitre 15 – De Mystérieux Boniments Chapitre 14 – L’Île du Disco Chapitre 13 – Les Méduses à Panneaux Chapitre 16 – Le Zombie Glorifié Chapitres 18 & 2018 – L'Incroyable Double-Flux Chapitre -50 Avant Jean-Crémaillère – Le Fléau des Vérandas Chapitres 20 & 2020 – La Tempête et le Café Chapitres 21 & 2021 – Conduire l’Océan (Partie 1) Chapitre -43 – L’Arithmétique en Fromages Chapitre -1500 – Trop Rapide vers la Cathédrale Chapitre 6879 – Les Buissons à OVNI Chapitre 23 d’un autre Conte – Le Navigateur du Chapiteau Chapitre A – L’Aigle Marin Chapitre -1 – La Dernière Rétrogradation Chapitre 22 – Ne pas Conduire l’Océan (Partie 2)

Merci aux gugusses ayant vu leurs mots sélectionnés pour les titres des chapitres de ce récit, à savoir : – Artax – The Racoon – Daruard – Drumaturgie – Kabamazol – La Sainte Fougère – Lefra – Mulet TyronMan – Olomorn – Paul Position – sinayX Ledéglingo – Tom4S – ZerOcarina

Il était une fois, dans un pays fort lointain, il y a fort longtemps, sous une pluie fort battante, vivait un étrange panda. “Bonjouuur, je suis Raphaël le Pandaaa !” Étrange entre autres du fait qu'il était capable de s'incruster dans la narration de son récit pour briser le rythme et casser les pieds du narrateur. “Je suis un pandaaa !” Personne ne savait vraiment d'où lui venait ce don, ainsi que les dizaines d'autres dons grotesques desquels avait été affublé ce panda si particulier. “Je suis un particulieeer, car je n'ai pas de numéro SIREEET !” Il en avait tiré un caractère et une vie indescriptibles, tant et si bien qu'un conte entier ne suffirait pas à décrire tout ce qu'il a pu faire et tout ce dont il pourrait être capable. “Oh bah c'est dommaaage, j'adore parler de mes péripétiiies, parce que péripétiiie c'est un mot amusaaant !” Mais avant de débuter notre histoire, nous allons malgré tout lui faire plaisir en évoquant cinq de ses faits passés et potentiels faits futurs, afin que l'on puisse essayer de davantage décrypter le personnage. “Je vais me décryptibleeer !”

Premier fait. Il a un jour commandé une pizza aux olives. Et après avoir mangé les noyaux des olives, il a jeté la pizza. “J'avais plus faiiim.” Deuxième fait. Il a travaillé un jour à l'État Civil, et devait enregistrer une naissance d'un bébé s'appelant Sylvain. Et il l'a épelé S-Y-L-V-1-1. “J'ai éternué au moment de taper le uuun, depuis le bébé s'appelle Sylvonze et c'est un très joli prénooom.” Troisième fait. Il a organisé un événement pendant un week-end où il filmait un gant immobile sur un plan fixe pendant 24 heures, qu'il a appelé Les 24 Heures du Gant. “J'avais invité plein de gens qui aimaient les voitures et qui habitaient dans la ville du Maaans, mais personne n'est venuuu.” Quatrième fait. Il s'est lancé dans l'agriculture, mais ne se levait pas avant 11 heures du matin, alors sa ferme a fait faillite. “Après une grasse matinée, les animaux étaient davantage reposééés. Les vaches faisaient du lait plus mouuu.” Cinquième fait. Vu qu'il n'a pas les moyens d'acheter toutes les musiques qu'il écoute, il a développé sa propre technique de piratage : dès qu'il croise une voiture qui passe de la musique très fort, il court après avec un dictaphone pour enregistrer les chansons. “Et quand il pleut, je peux les enregistrer au format FLAAAC, du coup la qualité est encore meilleuuure.”

Mais dans le cadre de ce conte, nous allons parler d'une histoire plus farfelue encore, qui pourrait potentiellement être son histoire la plus farfelue. La fois ... où Raphaël le Panda a conduit un océan. “Aaaaah, ça a l'air sympa comme histoiiire, j'ai hâte de la découvriiir !” Mais c'est ce qu'il vous est arrivé le mois dernier. “Ah booon, il m'arrive de ces truuucs ...” Ah ça c'est sûr.

Raphaël le Panda

Notre histoire se déroule à Hertzenfoulchenheim en plein été. Pour l'occasion, le village se change en station balnéaire géante prompte à accueillir bon nombre de touristes pour leur vendre des babioles sur le thème de la chaleur. Cet évènement était si populaire qu'il se déroulait sur une plus longue période d'année en année.

Cette période, Raphaël le Panda l'appréciait énormément. Mais vu qu'il appréciait énormément toutes les saisons de l'année, ça se voyait pas tant que ça. Comme à son habitude, il déambulait dans les rues sans objectif particulier, en saluant l'intégralité des personnes qu'il croisait sur son chemin, qui lui rendaient bien. “Bonjouuur !” “Euh ... 'jour.” “Bonjouuur !” “Bonjour.” “Bonjouuur !” “Écoutez j'ai perdu mon travail donc ma journée est pas “Bonjouuur !” “Bonjour.” “Bonjouuur !” “Euh, re-bonjour du coup.” “Bonjouuur !” Là il venait de saluer un lampadaire. “Bonjouuur !” “Non mais ça fait trois fois qu'on se croise, à un moment il faudrait songer à

Et après avoir salué plusieurs centaines de personnes, Raphaël rencontra un requin avec une bassine sur la tête. “Bonjouuur !” “RREUUURGH, JE SUIS LE REQUIN BASSINÉ. JE SUIS BASSINÉ DU LAXISME DU GOUVERNEMENT SUR SA POLITIQUE D'ACCUEIL DES ÉTRANGERS, ALORS JE DÉNONCE CE LAXISME EN FAISANT DES VIDÉOS SUR INTERNET OÙ JE JOUE UN PERSONNAGE QUI EST L'INCARNATION DU MAAAAAL.” “Enchantééé, moi c'est Raphaël le Pandaaa, mais je me suis déjà présenté dans le chapitre précédeeent !” “ET DANS LE CADRE DE MES VIDÉOS, J'AI ÉTÉ GRACIEUSEMENT INVITÉ PAR LA VILLE D'HERTZENFOULCHENHEIM QUI M'A INVITÉ À SON FESTIVAL D'ÉTÉ. VOUS ÊTES SUR MON STAND ET JE PEUX VOUS VENDRE MON LIVRE DÉDICACÉ.” “C'est un beau bateau que vous avez lààà.” “OUI, JE SUIS UN REQUIN, DONC MON STAND EST EN FORME DE BATEAU, IL REPRÉSENTE NOTRE NATION QUI EST SUSCEPTIBLE DE COULER À TOUT MOMENT FACE À L'INVASION DES ÉTRANGERS. MAIS COMME NOTRE NATION, IL DISPOSE D'UNE SOLUTION EN LUI QU'IL N'OSE PAS DÉPLOYER.” “J'espère que c'est un pont-leviiis, quand il y a un pont-levis sur un bateau, alors on peut entrer dedaaans.” “... MMMH, VOUS AVEZ L'AIR D'ÊTRE UN TYPE COMPLÈTEMENT PAUMÉ, VOUS AVEZ LE PROFIL PARFAIT POUR REJOINDRE MES SERVILES ESCLAVES DANS MON PROJET.” “Chiiic ! J'aime bien découvrir de nouvelles activitééés ! Qu'est-ce qu'il faut que je faaasse ?” “VOUS FEREZ PARTIE DES FIGURANTS DE MES VIDÉOS, VOUS SEREZ À MON SERVICE ET AIDEREZ LA NATION À DÉPLOYER LA SOLUTION.” “Supeeer ! Est-ce que je verrai le pont-leviiis ?” “Non, mais en fait j'ai pas de pont-levis. PAR CONTRE, VOUS POUVEZ ENTRER PAR CETTE PETITE PORTE À L'ARRIÈRE.” Et Raphaël s'exécuta, tout en se dandinant de joie à l'idée de s'amuser un peu.

Le Requin Bassiné

En entrant dans le bateau par la petite porte, Raphaël put non moins constater qu'il avait fière allure. Colombages et dorures recouvraient l'ensemble du capot interne de la structure. Impressionné par la qualité de ces enluminures, le Panda ne put s'empêcher de pousser un cri d'admiration. “Oooh, c'est beaaau ! Mais ça sert à quoiii ?” “CE SONT DES DÉCORATIONS DE LA GRANDE ÉPOQUE DE NOTRE NATION QUI A EU LIEU VOILÀ TROIS CENTS ANS, QUAND NOTRE IDENTITÉ N'ÉTAIT PAS ENCORE SOUILLÉE.” “Oooh, ça veut dire que ça sert à rieeen !” “FAITES DONC PLUTÔT CONNAISSANCE AVEC MES SERVITEURS, LES BASSINÉS ! ILS SERONT VOS COMPAGNONS DE CHAMBRÉE POUR LES PROCHAINES SEMAINES.”

La pièce était remplie de copies carbone de gugusses avec une chemise blanche, un pantalon noir et des bassines sur la tête, comme dans les films d'horreur et les chaînes de restauration rapide. Néanmoins, le sol du bateau était systématiquement creusé au niveau de leurs pieds, laissant donc accessibles de petites flaques dans lesquelles il était possible de marcher. “Vous ferez attentiooon, vous aurez les pieds trempééés !” “NON AU CONTRAIRE, IL S'AGIT LÀ DE LA SOLUTION DONT JE PARLAIS TOUT À L'HEURE. VOUS ÊTES À BORD DU PREMIER BATEAU AU MONDE CAPABLE DE CONTRÔLER LES FLOTS SUR LESQUELS IL NAVIGUE. POUR QUE CELA FONCTIONNE, CHAQUE BASSINÉ DOIT ACTIONNER LES FLAQUES SUIVANT UN LÉGER SYSTÈME DE CLAPOTIS. EN TAPOTANT LÉGÈREMENT AVEC LEURS PIEDS SUR LES FLAQUES, ILS CRÉENT DES ONDES DE CHOC S'AMPLIFIANT DANS LES FONDS MARINS, DÉTRUISANT AINSI PROGRESSIVEMENT L'ÉCOSYSTÈME ET LES GLACIERS DES PÔLES, QUI FONDENT ALORS PLUS VITE DU FAIT DE LEUR DIVISION.” “Saperlipopeeette, heureusement que vous avez précisé que vous êtes un personnaaage, ça ferait vraiment peur sinooon !” “JE PROFITE DE CETTE MANIE QU'ONT LES BIEN-PENSANTS À TOUT RAPPORTER À CE SUJET POUR LE RÉCUPÉRER À MON COMPTE, GAGNER À TERME EN MÉDIATISATION PAR CETTE OPÉRATION, ET PROFITER DE CETTE NOUVELLE TRIBUNE POUR ALARMER LA POPULATION SUR LA FIN DE NOTRE CULTURE.” “Alors vous rendez l'urgence climatique encore plus urgente pour parler en fin de compte d'un sujet qui n'embête que vouuus ?” “SI VOUS ACHETIEZ MON LIVRE, VOUS VERRIEZ QU'IL N'EMBÊTE PAS QUE MOI. L'AFFLUX DES ÉTRANGERS MÈNERA À LA FIN DE NOTRE CIVILISATION.” “Et moi je viens pas d'Hertzenfoulchenheim mais du Village Voisiiin. Du coup je suis un peu un étranger aussiii.” “VOUS N'AVEZ SURTOUT RIEN À FAIRE SUR CE BATEAU ALORS. VOTRE CULTURE N'EST PAS LA NOTRE, RESTEZ CHEZ VOUS.” “Mais c'est vous qui m'aviez invité initialemeeent, et vous avez aussi été invité par Hertzen “RENTREZ CHEZ VOUS J'AI DIT, VOS VALEURS NE SONT PAS COMPATIBLES AVEC LES NÔTRES.”

Sentant que finalement, Raphaël n'allait pas s'amuser tant que ça sur ce bateau, il se dirigea vers la petite porte par laquelle il était entré ... puis il trébucha entièrement dans une des flaques, ce qui provoqua une immense onde de choc propulsant le bateau et tous ses occupants dans les airs ! La grand-voile étant dressée, le vent emporta également le bateau très loin des côtes d'Hertenfoulchenheim. Sachant que la ville n'avait pas de zone côtière, c'est dire la distance qu'il avait déjà parcouru ! “NOOON, QU'AVEZ-VOUS FAIT ? IL NE FALLAIT QUE CLAPOTER DANS CES FLAQUES, ET VOUS VOUS ÊTES COMPLÈTEMENT JETÉ DEDANS COMME UN BALOURD.” “Oups pardooon, mais il y a des trous dans le soool, alors c'est facile de tombeeer !” “C'EST CE QUE JE VOUS AI EXPLIQUÉ TOUT À L'HEUREponk Le mat du bateau s'était violemment retourné, en percutant le Requin Bassiné de plein fouet au visage, l'envoyant très loin du bateau dans une toute autre direction. Au fil du voyage, les Bassinés tombaient également peu à peu du bateau. Tant et si bien qu'en retombant dans l'océan, le bateau était vidé de tous ses occupants ... sauf de Raphaël le Panda, qui était resté coincé dans sa flaque, et qui était désormais ... seul dans un bateau au milieu de l'océan.

Les Clapotis du Bateau