Georges la Saucisse

J'ai écrit cinq contes !

Toujours sous la menace de Michel Scotch, Corentin eut soudainement une idée, et lui tendit la boîte en carton contenant le scotch qui l'avait collé. “Qu'est-ce que c'est que ça ?” demanda Michel. “Bloup.” répondit Corentin. “Ah oui c'est vrai.” réalisa Michel. Le scotch ouvrit la boîte et fut interloqué en voyant toute une bande de scotch enroulée autour d'une moitié inférieure de corps de truite. “C'est ... c'est mon scotch ... mais cette odeur ... c'est l'odeur de l'huile, du beurre et du parmesan ... Les ingrédients de la recette secrète de notre dynastie, notre collant chirurgical pour scotch ... Vous n'auriez pas volé notre scotch, mais auriez été sauvé par notre ancêtre ?” Une fois de plus, nous constatons ensemble à quel point un bouche à oreille hasardeux est le meilleur moyen pour déformer une histoire, surtout sur 1600 ans. “Et bien ça m'étonnerait beaucoup ! Vous n'aviez aucun moyen de connaître cette recette mais vous l'avez obtenue et trafiqué votre larcin pour le faire passer pour un sauvetage !” Une fois de plus, nous constatons ensemble à quel point un bouche à oreille hasardeux reste un meilleur moyen d'ancrer une personne dans ses convictions face aux faits, surtout sur 1600 ans.

Michel Scotch ralluma l'écran pour appuyer ses dires. Celui-ci présentait un graphique en camembert dont un quart avait été sectionné. Un gros “38%” avait été écrit sur les trois quarts restants. “Les citoyens ont été interrogés à ce propos, et comme le montre ce graphique, ils estiment en grande majorité que vous avez mis en scène ce montage avec le scotch de mon aïeul, les chiffres ne mentent pas !” Corentin était abasourdi par cette représentation grotesque et chercha à en dévoiler les failles. “Bloubloubloup ! Blou blou, bloupbloup blou ! Blou blou, bloubloublou ! Bloup bloup ?” Seulement il se souvint en cours de route de pourquoi personne ne prenait jamais son propos en compte. “Mais ce n'est pas tout, comme le montre cette courbe, de plus en plus de citoyens estiment que s'exprimer dans une langue autre que la langue officielle de notre contrée est un signe de non-intégration. Si vous voulez débattre, commencez par vous exprimer correctement !” Corentin restait subjugué devant cette courbe qui montrait effectivement une augmentation mais qui n'avait aucune unité de mesure. “Et même si vous tenez à contester les chiffres, n'oubliez pas que vous ne contesterez pas le ressenti de la majorité des citoyens !”

Michel Scotch continuait de dérouler ses propos. En l'espace de cinq minutes, Corentin avait relevé douze graphiques truqués, dix-sept biais cognitifs et quatre tentatives de manipulation. Vu que tout ça ne servait à rien, il finit par quitter l'hippodrome paisiblement, en emportant avec lui son autre moitié et sa boîte mais en laissant le scotch usagé. Michel quant à lui continuait sa démonstration dans le vide et ne semblait pas avoir remarqué le départ de la truite.

En rebroussant chemin, Corentin vit néanmoins un trousseau de clés au sol, qui devait forcément appartenir au scotch vu qu'il n'y avait personne d'autre dans le coin. Il l'aurait potentiellement fait tomber en courant pour le rejoindre tout à l'heure. Et en voyant de quoi était composé ce trousseau, Corentin choisit de le garder pour lui.

La Majorité des Chiffres

Le trousseau de clés récupéré par Corentin comprenait une bonne dizaine de clés, chacune associée à une étiquette comprenant une suite de chiffres et de lettres incompréhensibles, comme 902b-a3cd-a188-3801-594b-6e1b-4527-90cc-5394-8fda, ou encore 08a3-5293-e09f-5084-9409-6c1c-1b38-19ed-b9df-50db, ou mieux encore 310b-86e0-b62b-8285-62fc-91c7-be53-80a9-92b2-786a. Aucune de ces séquences n'était néanmoins agréable à lire. Corentin savait déjà cependant où il avait vu de pareilles séquences. Il s'agissait de condensats des numéros d'étages de la tour de Ravioli SARL. Il venait de récupérer plusieurs clés de plusieurs pièces de plusieurs étages de la tour.

Une fois de plus, il se rendit à la tour sus-nommée. Mais pas de chance cette fois, l'ascenseur était en panne. Fort heureusement, un trampoline avait été placé au rez-de-chaussée pour maintenir le flux de déplacements. Ce n'était pas du tout la solution la plus sûre, mais le comité de sécurité de l'entreprise avait été dissous, du coup c'était légal. Jonchant les corps d'employés ayant fait une mauvaise chute, Corentin était parvenu à se frayer un chemin vers le dispositif, et entama quelques bonds.

Arrivé à l'étage 902b-a3cd-a188-3801-594b-6e1b-4527-90cc-5394-8fda, Corentin tomba sur un grand couloir sans aucune porte. Vu que le mystère est à la truite ce que la crème chantilly est aux fraises, Corentin raya cette expression de son carnet de bons mots et avança tout droit dans l'espoir de trouver quelque chose. Il avançait, il avançait, il avançait, toujours rien à signaler, le couloir ne semblait jamais se finir. Parfois ça bifurquait sur la gauche, c'est là toutes les variations palpitantes qu'il pouvait trouver à cette exploration. Soudain, il arriva devant l'entrée de l'ascenseur-trampoline, et comprit qu'il avait fait le tour d'un étage vide sans trouver où allait la clé dont il disposait. Agacé par la situation, il revint au rez-de-chaussée pour lire un des prospectus publicitaires faisant la promotion du bâtiment. Il s'avéra qu'en fait cet étage ne servait effectivement à rien, mais qu'une clé y ouvrant une porte avait déjà été préparée au cas où on y ajouterait une porte. Logique.

Arrivé à l'étage 08a3-5293-e09f-5084-9409-6c1c-1b38-19ed-b9df-50db, Corentin vit un peu plus de portes qu'à l'étage précédent, à savoir quatre portes par mètre carré environ, mais en faisant le tour de l'étage, il se rendit compte qu'aucune d'entre elles n'avait de serrure. À nouveau agacé par la situation, il revint à nouveau au rez-de-chaussée pour lire à nouveau un des prospectus publicitaires faisant à nouveau la promotion du bâtiment. Il s'avéra à nouveau qu'en fait cet étage ne servait à nouveau effectivement à rien, mais que toutes les portes y avaient déjà été placées au cas où on y creuserait des pièces, et que la première pièce qui serait utilisée aurait une serrure correspondant à la clé déjà créée à cet effet. Logique.

Arrivé à l'étage 310b-86e0-b62b-8285-62fc-91c7-be53-80a9-92b2-786a, Corentin vit à peu près autant de portes qu'à l'étage précédent, mais avec des serrures cette fois, mais toutes fermées avec ça. Corentin passa environ huit jours à tester toutes les portes de l'étage avec la clé dont il disposait, sans qu'une seule ne le couronne de succès. Toujours agacé par la situation, il se dit qu'il allait enfin garder un de ces prospectus publicitaires sur lui après son prochain tour au rez-de-chaussée parce qu'il en avait marre de faire des allers-retours et qu'il commençait à avoir mal au cœur avec tous ces rebonds. Mais s'attendant à lire une double-page sur le fait que l'étage ne servait à rien, il eut la surprise de trouver ... un fragment d'une photocopie de la troisième partie du dépliant des règles du Cartographe de Carteries ! Interloqué par la situation, il consulta les autres exemplaires du prospectus, et eut une nouvelle fois la surprise de trouver au moins un fragment de la photocopie des règles dans chaque exemplaire, glissé à la page où devrait se trouver une description d'étage. Mais pas n'importe quels étages ... tous les étages dont Corentin avait les clés ! Après avoir emprunté du scotch à l'accueil, et sans faire souffrir personne cette fois, la truite reconstitua la photocopie et entama sa lecture, non sans avoir ingéré une boîte de paracétamol entière cette fois.

Pour lui c'est pas dangereux, les effets secondaires concernent que les organes de son autre moitié.

Le Trampoline et les Condensats

“donne la carte qu'il doit échanger à son voisin de droite qui doit lui donner deux cartes de son choix issues de sa main ou de dessus de piles de cartes posées sur la carte routière.

Une carte issue d'un set de type Uno peut être jouée à n'importe quel moment en-dehors de la carte routière même en-dehors du déroulement habituel de la partie. Une fois une carte de ce type jouée, la prochaine personne jouant une carte de ce type devra suivre les règles de ce jeu pour en poser une autre et appliquer les effets décrits par ces règles. L'ordre de jeu décrit par ces règles n'a pas à être forcément suivi. Si un effet d'une de ces cartes provoque une pioche de cartes, la personne devant piocher est celle précédant la personne ayant joué la carte provoquant la pioche dans le tour de jeu normal de la partie générale. La pioche doit se faire dans la pile de cartes laissée face verso en début de partie et s'ajouter à la main normale de la personne.

Une carte issue d'un jeu de 7 familles ne peut être jouée que par une personne ayant sept cartes ou moins en main tous types confondus, ou par une personne ayant plus de sept cartes en main si celle-ci ne dispose que de cartes de ce type. L'âge en nombre de jours arrondi à l'entier supérieur de chaque personne autour de la carte routière est relevé. Si la personne souhaitant jouer une carte de ce type fait partie du tiers de personnes le plus jeune, il doit jouer en priorité dans l'ordre une carte d'enfant, une carte de parent, ou une carte de grand-parent. Si la personne fait partie du tiers de personnes le plus vieux, il doit jouer en priorité dans l'ordre une carte de grand-parent, une carte de parent, ou une carte d'enfant. Si la personne fait partie du tiers intermédiaire, il doit jouer en priorité une carte de parent, ou la carte de famille de son choix sinon. Une fois la carte jouée, la personne l'ayant jouée pioche une serviette en papier. Si toutes les cartes d'une même famille ont été jouées dans une ou plusieurs piles de cartes confondues et que neuf piles de cartes sont formées sur la table, on place les trois câbles USB sur la carte routière de manière à dessiner des chemins entre trois des piles de cartes ne comportant aucune carte de cette famille. Cette action ne peut être effectuée qu'une fois par partie.

Une personne disposant d'une carte postale peut la jouer à n'importe quel moment de la partie en faisant abstraction du tour de jeu normal. Chaque personne autour de la carte routière n'ayant pas encore placé son pion de jeu sur la carte routière le place à l'endroit de son choix sur la carte. La personne dont le pion de jeu est placé au plus près de la destination indiquée sur la carte postale par rapport à son emplacement d'après la carte routière gagne le droit d'échanger sa place et les cartes qu'il a en main avec la personne de son choix (public de la partie inclus, auquel cas la personne à l'origine de l'échange confie toutes ses cartes hors cartes spéciales à la personne ayant pris sa place), puis peut ensuite désigner deux personnes devant faire de même (mais aucune de ces deux personnes ne peut ensuite désigner d'autres personnes devant échanger leurs places). Si la carte postale n'indique pas explicitement de destination, les échanges de places se font sur la base des emplacements physiques actuels de chaque personne et non celui de leurs pions, et seuls les pions des personnes ayant échangé leurs places doivent alors être placés sur la carte routière.

Les cartes de réalité augmentée ne peuvent être jouées dans aucun contexte.

Une carte de culture générale ne peut être jouée que par la personne suivant la personne devant jouer une carte d'après le tour de jeu normal, et ce avant que la personne en question ne joue sa carte. Avant de poser la carte de culture générale sur une pile, la personne la jouant doit choisir une des questions y étant inscrites et la poser à la personne dont c'est le tour de jeu normal. Si cette personne répond correctement, elle peut jouer sa carte normalement, sinon elle lance les quatre dés. Si la somme des chiffres affichés sur les dés à la suite du lancer est inférieure ou égale à 14, elle peut jouer sa carte normalement, sinon elle doit ajouter l'ensemble des cartes de la pile de cartes la plus haute en nombre de cartes à sa main.

Les cartes spéciales”

Lecture de Dépliant (Partie 3)

Corentin avait fini de lire une nouvelle partie du Cartographe de Carteries sans mettre en danger aucun de ses organes, ce qui était plutôt pas mal. Par réflexe, il s'était rendu chez Monsieur Ravioli pour faire sa lecture et avait l'intention de comprendre pourquoi ce dernier disposait en fait de toutes les parties des règles, et pourquoi il ne les lui donnait pas tout de suite s'il voulait jouer une partie. “BLOUERGH ... je vois qu'il ne vous reste qu'une partie des règles de base à trouver ...” “BLOUP ?!” “BLEUARGH ... oui, on va se contenter des règles de base pour commencer ... en pratique on peut y greffer des combinaisons spéciales de cartes pour pimenter la partie ... mais on en aura pas besoin ... nous sommes bientôt prêts.” “... bloup ?” “BLARGBLARGBLARG En attendant tenez, je vous donne un indice pour trouver la dernière partie.” Sur ces mots cryptiques, le gnocchetti tendit un petit flacon à la truite. Une étiquette indiquait sa composition : “Encre pour carapace, écrivez sur tous types de surfaces corporelles rigides”. Et bien entendu, le flacon était en forme de ravioli.

Rentré chez lui, Corentin fit passer le flacon par son armada de machines d'analyses, intelligences artificielles, grimoires et recueils de ragots ... mais rien n'en sortait ... glorp Ah non tiens, quelque chose vient de sortir des machines d'analyses. glorp Et des intelligences artificielles. glorp Et des grimoires. glorp Et des recueils de ragots. Ça avait mis le temps pour réagir, mais ça avait réagi, mal réagi plutôt ... tous ces dispositifs venaient soudainement d'être effacés et remplacés par du vide, littéralement. Plus aucune lumière n'y passait, plus aucun atome ne les traversait. Des centaines d'années de matériel venaient d'être bousillées, et aucune assurance n'accepterait de couvrir ça.

Mais Corentin avait enfin compris.

Il se précipita vers son mini-van et en ouvrit le capot, le moteur avait disparu et avait été remplacé par du vide, seul le ravioli de réparation était encore présent, flottant au milieu. Il consulta Internet sur une machine qu'il lui restait de libre, et vit les faits divers : une partie de l'usine de produits gras avait soudainement été remplacée par du vide, seul le trampoline en ravioli avait survécu. Il consulta également la chaîne du cuisinier-garagiste-gondolier-réceptionniste, il avait annoncé chercher un architecte avec mille ans d'expérience pour remplacer le mur de sa maison qui avait soudainement été remplacé par du vide, et dont seul le rideau en ravioli persistait.

Mais ce vide avait une curieuse consistance. Privé de tous ses dispositifs, Corentin décida malgré tout de passer une tête dans le vide de son mini-van, pour récupérer le ravioli. Et alors que ce genre d'action aurait mal fini dans n'importe quelle circonstance, il s'est avéré que tartiner de la confiture sur du pain était plus dangereux que ça. La truite décomposa le ravioli et y découvrit des traces de l'encre dont il avait gagné un flacon plus tôt, ce qui lui permettait enfin de tout recouper.

Tous les ravioli distribués par Ravioli SARL sous quelque forme que ce soit contenaient une encre spéciale capable de tout remplacer par du vide dans un rayon d'un mètre. L'entreprise auto-sabordait tous ses produits ... ce qui était commercialement complètement stupide.

L'Encre pour Carapace

Corentin ne savait plus vraiment où donner de la tête. Il venait de découvrir l'origine d'un scandale d'obsolescence programmée à grande échelle tout de même plutôt dangereux, mais encore une fois, il ne pourrait concrètement rien faire pour lutter contre. Personne n'a jamais compris ce qu'il disait, ce qui rendait bon nombre de ses actions caduques. Et concrètement, il s'était engagé à défier le responsable de cette catastrophe dans une partie de cartes aux règles affreuses, mais à quoi servirait cette partie ? Que se passerait-il s'il perdait, ou s'il gagnait ? Vu que Monsieur Ravioli ne savait de toutes façons même pas qui il était et ce qu'il voulait, s'était-il seulement engagé à quoique ce soit ? Il restait néanmoins un point de mystère qui persistait : en quoi cette encre pour carapace, matériau central de cette affaire, avait-elle un rapport avec la dernière partie des règles du Cartographe de Carteries ? Et vu que c'était sa seule piste, Corentin décida de s'y pencher.

Bah en fait il avait rien trouvé.

Faute de mieux, Corentin vaqua donc a ses occupations plusieurs semaines durant, en espérant que la situation se débloque. Puis un jour, il reçut la visite de Corinne le CD. “Bonjour ! Ça baigne ?” “Bloup ...” “Ah mais oui on est dans l'eau, forcément que ça baigne. Mais bon, je vous ai enfin trouvé, je vous ai ramené quelque chose qui pourrait vous intéresser.” Sur ces mots, Corinne posa un grimoire gigantesque sur l'une des tables de Corentin et l'ouvrit à la page 1871, c'est dire qu'il était gigantesque ! “Regardez, j'ai retrouvé ce vieux bouquin sous un tapis chez moi et ça reprend le même genre de fresques que celle où vous étiez la dernière fois sous des angles différents.” Et là stupéfaction ! Corentin vit que l'un des gugusses avec lesquels il avait participé à la réunion de l'époque était ... un rouleau de scotch vide !

La truite avait certainement battu un record de vitesse entre sa maison et l'hippodrome. Il ne restait plus que trois chapitres et demi dont un pour lire des règles grotesques, donc il devait faire vite ! Par chance, Michel Scotch était bien là ... immobilisé au sol par le scotch de son ancêtre qu'il avait tenté de rembobiner autour de lui sans succès. Pas de chance, il était également inconscient, donc Corentin ne pourrait pas tirer grand chose de lui. Du moins c'est ce qu'il pensait, jusqu'à regarder Michel d'un point de vue qu'il n'avait encore jamais expérimenté : quelque chose était écrit sur sa base, en caractères en taille deux environ. S'il y a bien une chose que Corentin avait perdu au fil du temps, c'était son acuité visuelle, il lui fallait donc se procurer un microscope pour lire ce qui était écrit. Un autre point le dérangeait cependant : cette écriture était faite dans une encre très sombre, comme absorbant tout type de lumière ...

Oui bon vous avez compris vous aussi, c'était écrit en encre pour carapace, ce qui était donc la première fois de ce récit où cette matière était utilisée pour son usage d'origine, parce que figurez-vous qu'une base de dispositif pour scotch peut être considérée comme une carapace.

L'espoir renaissait, et Corentin fit un nouvel aller-retour à vitesse indécente entre son domicile et l'hippodrome pour chercher un microscope, non sans croiser Corinne le CD qui avait cherché à le rejoindre, mais en respectant les limitations de vitesse, parce que vient un moment où il fallait arrêter de faire n'importe quoi. Les lentilles vissées, Corentin pouvait zoomer sur la base de Michel Scotch et y lire ce que tout le monde attendait avec espérance : la dernière partie des règles du Cartographe de Carteries !

Et bien non, c'était la recette de ravioli aux aubergines du début de l'histoire que Michel s'était notée dans un coin, sur lui en l'occurrence.

Bredouille face au Scandale

Désemparé, Corentin s'était assis au milieu de l'hippodrome, dépité, mais attendant un nouvel élément de surprise qui lui permettrait d'avancer. Cet élément, c'était Corinne le CD qui allait lui apporter, vu qu'elle était enfin arrivée à l'hippodrome. Quelle idée de respecter le code de la route ...

“Hou, vous avez pas l'air dans votre assiette, sans mauvais jeu de mots vu que j'ai déjà mangé une truite meunière.” “Bloup ...” “Qu'est-ce que ... oh, mais c'est la recette des ravioli aux aubergines qui est sur ce truc. Vous saviez que si on lisait cette recette à l'envers, ça racontait toute une autre histoire ?” “BLOUP ?” Et effectivement, avec l'aide de ses lentilles, de plusieurs miroirs orientés bizarrement, et d'effets de transformation, voilà ce qu'on pouvait lire :

“ne peuvent être jouées sur une pile ou sur la carte routière, uniquement présentées comme jokers par les personnes étant en leur possession, et ce dans les limites d'une fois par partie et par carte spéciale. Après chaque carte jouée par une personne, cette personne peut immédiatement présenter l'une de ses cartes avant le tour de la personne suivante et appliquer son effet. La carte de transport lui permet de sélectionner un pion d'une personne de son choix et de le placer ou de le déplacer sur la carte routière à la destination de son choix, mais pas à plus de cinq kilomètres de son point d'origine à l'échelle de la carte s'il était initialement placé ailleurs sur cette carte. La carte de restauration lui permet de passer ses deux prochains tours de jeu et de s'immuniser de tout effet pouvant l'atteindre avant son prochain tour de jeu. La carte de sécurité sociale lui permet de piocher dix cartes dans la pile de cartes face verso, ainsi que dix serviettes en papier.

La cordelette n'est utilisée qu'à des fins décoratives.

Une personne étant en possession de cartes de jeu dans sa main n'est pas contrainte de les garder en main, ce qui lui permet de passer outre certaines règles affectant les cartes que les personnes ont en main, elles restent néanmoins considérées comme des cartes jouables. Si une personne outrepasse plus de trois effets en appliquant cette feinte, il doit replacer toutes les cartes dont il dispose dans la pile de cartes face verso, puis mélanger cette pile, et distribuer trois cartes à chaque personne autour de la carte routière dans le sens de distribution habituel.

Il est possible d'acheter des cartes de la pile face verso moyennant l'utilisation des billets de banque factice. Pour définir le nombre de cartes qu'il est possible d'acheter, on calcule le plus grand diviseur commun des valeurs de chaque set de billets différent, puis on divise le résultat obtenu par la valeur affichée sur le billet. La valeur obtenue correspond au nombre de cartes qu'il est possible de piocher, dans la limite de vingt cartes.

Une personne qui se débarrasse de toutes ses cartes jouables peut se munir de l'instrument de musique à sa disposition, et obtient le droit d'en jouer pendant une seconde toutes les dix secondes jusqu'à la fin de la partie. La fin de la partie est décrétée si plus aucune personne ne dispose de cartes jouables, ou si la pile de cartes face verso est vide, où si la partie a débuté voilà plus de quatre heures.

Avant de procéder au calcul du score, le set de billes est intégralement renversé sur la table, et toutes les personnes autour de la carte routière doivent saisir un maximum de billes et les garder en leur possession, jusqu'à ce que toutes les billes aient été récupérées. Toute personne renversant une des piles de cartes lors de cette action ne peut plus saisir aucune bille. Si toutes les personnes renversent des piles de cartes alors qu'il reste des billes sur la carte, les billes restantes sont réparties entre les différentes personnes autour de la carte routière.

Le calcul du nombre de points obtenu par chaque personne s'effectue selon l'algorithme suivant : nombre de cartes jouées hors cartes spéciales fois deux, plus nombre de serviettes en papier obtenues fois dix, plus nombre de combats remportés avec les cartes à collectionner fois cinq, plus nombre de cartes de réalité augmentée conservées fois vingt, plus fait d'avoir remporté la partie de cartes de type Uno fois cinquante, plus nombre de bonnes réponses données au questionnaire de culture générale fois quinze, plus nombre de billes en possession, plus nombre de piles de cartes sur la carte routière situées à moins de cinq kilomètres du pion de la personne à l'échelle de la carte routière fois sept, plus fait d'avoir placé le pion entre trois câbles USB fois cent. Cette somme est multipliée par la somme accumulée en billets de banque factice par la personne pour obtenir son score final.

La personne ayant le plus de points remporte la partie, ainsi que la paire d'écouteurs, lui octroyant l'immunité pour une partie future : elle pourra annuler au maximum cinq effets la ciblant et”

Il manquait encore un bout de règles.

Lecture de Dépliant (Partie 4)

Ne pouvant décemment transporter Michel Scotch alors qu'il était inconscient, Corentin avait obtenu la retranscription des règles sur un bout de dépliant pour le lire chez Monsieur Ravioli comme à son habitude. Il était cette fois néanmoins excédé par ce jeu de piste qui lui était imposé et avait la ferme intention de ne pas quitter le frigo de son hôte tant qu'il n'aurait pas mis un terme à ce jeu. “BLOUERGH ... vous avez trouvé la dernière grande partie des règles, bravo Monsieur Bloupbloup !” “Bloublou, bloubloubloup !” “BLARGUEUH ... ah par contre il vous manque en effet la fin de la dernière phrase ... attendez, je vous la lis dans mon exemplaire des règles ...”

“piocher une serviette en papier.”

“BLARG ... voilà. Vous avez des questions ?” Corentin n'avait pas osé relever le fait que le gnocchetti disposait d'un exemplaire des règles complet depuis le début. “BLEUARGHARGHARGH ... mais ne faites pas cette tête ... vous êtes la première personne à reconstituer ce puzzle depuis de trop nombreuses années ! Vous pourriez être un joueur à ma hauteur !” Pour toute réponse, Corentin jeta les débris du ravioli de son mini-van sur la table. “BLARARAR ... et vous avez aussi acheté mes produits et services et deviné ce qu'il y avait dedans ! Bravo ! Bravo !” “Bloubloubloubloup ! Bloubloublou !” “BLEURKRRRR ... mais cessez de vous égosiller ... vous n'avez toujours pas compris que je ne vous comprends pas ? Vous avez un de vos trucs qui est rempli de vide ? Et bien ... frottez dessus avec une éponge humide et ne hurlez pas.” “... bloup ?” “BLEURGH ... vous voyez ... quand on domine autant de secteurs de marché avec sa propre marque, on s'ennuie beaucoup ... c'est pas simple d'être riche ... Alors quand une de mes équipes de scientifiques est parvenue à trouver la formule chimique d'une matière super-salissante alors qu'elle travaillait sur une nouvelle recette d'encre pour carapace ... j'ai saisi l'occasion de jouer une farce géante au monde.” En reconstituant les dernières pièces du puzzle, Corentin était partagé entre le soulagement de voir que tout son matériel n'avait pas été bêtement détruit et le dégoût vis-à-vis de Monsieur Ravioli qui était en plein abus de position dominante. “BLOURBBBB ... c'est une encre sans consistance ... qui laisse penser qu'elle change tout en une sorte de trou noir ... mais ça part en frottant de l'eau dessus ... les gens s'en rendront vite compte et reprendront une vie normale ... et moi aussi ... vous voyez ... quand on domine autant de secteurs de marché avec sa propre marque, on s'excuse beaucoup ... et sans conséquence ... On fait des bourdes à longueur de temps ... mais c'est pas grave, parce que les gens sont dépendants de vos produits et de vos services vu que vous avez tout absorbé et rendu toute concurrence contraignante à utiliser.” Corentin se demandait s'il écoutait un méchant de dessin animé ou un dirigeant de société du secteur numérique. “BLEUUURFFF ... vous vivez dans le même monde que moi, Monsieur Bloupbloup ... Vous avez vu tous ces désastres qui nous sont tombés dessus ces dernières années ... Un jour vous avez des tables basses qui tombent du ciel et qui submergent la ville ... Un jour vous avez un tueur en série qui s'en prend uniquement aux fruits ... Un jour vous avez la moitié du monde recouverte par des bâches pour boucher des failles de l'espace-temps provoquées par des groupes d'identitaires ... Nous vivons dans un monde d'absurdité.” Corentin restait sans voix, ou plutôt sans bloup en l'occurrence. “BLPRTUUF ... que nous reste-t-il dans ce monde absurde, Monsieur Bloupbloup ? Vient un moment, peut-on vraiment lutter contre ces normalisations de l'impensable ? ... Personnellement j'ai choisi d'y contribuer ... J'ai épuisé toutes mes réserves de ravioli secs pour exécuter ce tour, mais je pense que ça en valait la peine ... J'aurais pu faire de la philanthropie comme tous mes confrères riches, mais cela ne m'apportait aucune satisfaction ... J'ai préféré divertir mes contemporains, en inondant le monde de tâches d'encre ... et je ne ressens pas la moindre honte ... car il ne reste à ce monde qu'une seule chose qui lui apporte réjouissance ... le divertissement.”

Monsieur Ravioli avait terminé sa thèse. “BLOURK ... bon ... maintenant que vous connaissez le jeu, on se fait une partie ?”

Des Tâches sans Honte

Monsieur Ravioli mélangeait les cartes depuis maintenant plusieurs chapitres. Il faut dire qu'au vu du nombre de cartes devant être utilisées dans ce jeu, il valait mieux s'y prendre plusieurs jours à l'avance. Il avait également convoqué cinq gugusses supplémentaires pour jouer. Étrangement, tous étaient revêtus de grands manteaux semblables à celui que portait Corentin voilà des siècles. Du coup pour être raccord, le gnocchetti et la truite avaient également revêtu les leurs. La distribution des cartes se faisait, dans un ordre incompréhensible. Puis un gugusse a joué une carte, puis un autre, puis Corentin, puis un autre, puis de nouveau Corentin, puis Monsieur Ravioli, là y'a un gugusse qui prend des cartes au milieu de la table, là y'en a un autre qui a commencé une pile sur une table voisine, ... En fin de compte c'était pas si fascinant que ça de retransmettre une partie de cartes par écrit. Mais heureusement, le dialogue se poursuivait entre les deux principaux protagonistes de la partie.

“BLEURRRRH ... ça faisait si longtemps que personne n'avait joué à ce jeu, Monsieur Bloupbloup. Je suis sûr qu'il en est de même pour vous.” Corentin ne répondit pas. “BLARARAR ... mais bien sûr que je vous avais reconnu, même sans votre manteau ... Vous êtes dans les photographies d'un de mes ancêtres. Je ne sais pas comment vous avez fait pour survivre si longtemps par contre, si c'est bien vous ... Par contre je ne comprends pas pourquoi vous vous êtes amusé à rechercher les règles sachant que vous avez participé à leur écriture.” Et bien c'était pour deux raisons : d'une, personne n'aurait compris ce qu'il disait s'il cherchait à affirmer ce fait, de deux, il n'avait pas non plus une mémoire illimitée, et a éliminé les savoirs les plus grotesques au fil des siècles. “BLUUUU ... quel noble jeu tout de même. Vous connaissez son histoire ? Ah mais oui suis-je bête, vous faites partie de cette histoire.” “Moi je la connais pas.” fit remarquer un des gugusses en guise d'unique réplique de toute l'histoire. “BRRRRLBRBRL ... il fut un temps ... où Hertzenfoulchenheim était régi par des nobles autoritaires ... un peu comme aujourd'hui vous me direz mais c'était pas les mêmes ... Ces nobles étaient spécialisés dans la réécriture de la géographie, et affirmaient contre tout bon sens que certains lieux se situaient à un endroit complètement différent de ce qui était admis par tout le monde ... et ils finissaient par convaincre de plus en plus de personnes ... Bon nombre de personnes finissaient ainsi mal aiguillées et leur quotidien devenait un enfer. Soudainement ... les faits situant une boulangerie dans la rue de gauche n'étaient soudainement plus audibles face aux discours prétendant à tort qu'elle se situait dans la rue de droite, et les gérants de la boulangerie perdaient ainsi des clients ... C'est devant cette situation que tous les cartographes de la région ont commencé à se réunir, et ont ouvert diverses échoppes clandestines un peu partout ... Ils y vendaient des cartes à jouer, mais cachaient une carte géographique strictement correcte dans chaque paquet, afin de lutter contre la désinformation ... Mais leur action devait être strictement confidentielle, et ils ont ainsi dû mettre au point un code secret pour se reconnaître entre eux ... Ce code, c'étaient les règles du jeu du Cartographe de Carteries ... toute personne qui pourrait en mener une partie jusqu'au bout serait reconnue comme un des cartographes ... Seulement, cet ordre s'est perdu au fil des âges ... ces règles étaient bien trop compliquées à retenir, et du temps de finir une partie pour s'identifier, ils avaient été reconnus et dénoncés au pouvoir ... Que cette histoire nous soit parvenue est un miracle en soi.” En évoquant cette histoire, les souvenirs de Corentin lui revenaient peu à peu ... et l'un d'entre eux le fit tiquer. À l'époque cartographe, il se souvenait du fait que la plupart des parties se jouaient à huit, et qu'aujourd'hui ils étaient sept autour de la table. Si l'idée était de reproduire l'ambiance de l'époque avec les manteaux et tout, c'était raté. Il cogitait toujours alors que la partie touchait à sa fin, le calcul des scores se faisait sans calculatrice, conformément à l'ambiance de l'époque, ce qui allait prendre des jours.

Plusieurs jours plus tard, le comptage du score donnait Corentin gagnant. “BLOURGHOUGHOU ... et bien je me suis bien amusé. Merci à vous et bravo pour votre victoire. Pour la peine, vu que ça semblait vous contrarier, je vais interrompre ma plaisanterie avec les ravioli ... Ce sera mon gage de défaite.” Tout est bien qui finit bien, l'affaire des ravioli était résolue et l'histoire touchait enfin à sa fin. Mais à cet instant, Corentin se souvint d'un de ses confrères cartographes, un de ses confrères qui ne lui avait jamais adressé la parole, et qui le regardait toujours de travers sans que la truite ne comprenne pourquoi. Ce confrère ... était un rouleau de scotch vide. “BLOUBLOUBLOUP ! BLOUBLOUBLOU ! BLOUBLOUBLOU ! BLOU ! BLOU !” “BLEURGH ... quoi, vous voulez pas que je coupe ma blague ? C'est pour ça que vous hurlez ? ... Ou c'est parce qu'on a joué à un nombre de joueurs impair à ce jeu ? ... Mais c'est pas grave, les jeux ça évolue vous savez ! C'est le joueur qui devait être à cette place qui me l'a appris, avec les règles et l'histoire de ce jeu ! ... C'est mon adjoint, Michel Scotch ... Il devait préparer le clou final de notre blague en versant un seau d'encre pour carapaces géant sur la ville, ... ceci pendant que je vous occupais avec mon divertissement ... mais j'ai plus de nouvelles de lui, et de toutes façons je dois annuler la blague.” Corentin était initialement à moitié rassuré, mais il repartit finalement chez lui serein. Il avait jugé que Monsieur Ravioli n'avait finalement pas nécessairement de mauvais fond, car en choisissant de mettre un terme à sa mauvaise blague, ... il était cohérent dans sa vision absurde du monde.

Du côté de l'hippodrome, Michel Scotch était toujours étendu au sol, et avait fini par décéder emmitouflé dans le scotch de son ancêtre. Une forme indescriptible saisit son corps et l'emporta hors de la structure.

Jouer une Partie de Cartes

Il était une fois, dans un pays fort lointain, il y a fort longtemps, pas loin d'une échoppe de forgeron, vivait une banane, dotée de pouvoirs extraordinaires, et se nommant Florent. Logiquement, il hérita donc du patronyme de Florent la Banane-Magicienne.

Florent la Banane-Magicienne était une banane qui faisait de la magie, comme quoi. Il avait étudié toutes les mythes, toutes les histoires occultes, toutes les légendes, toute la presdidi, presditi, prestigita, prestigatition ... les tours de magie avec les lapins, là. Il connaissait la sorcellerie, le chamanisme, le druidisme, l'homéopathie, le vaudou, ... sa science des pseudo-sciences était intarissable. Et de tout ce savoir, il avait développé son propre style de magie, à mi-chemin entre toutes ces versions et toutes ses nuances pour aboutir à une forme de magie ... complètement bancale.

Florent pratiquait la magie, et parvenait à lancer des sorts, mais pas forcément ce qu'il s'attendait à réaliser. En spectacle par exemple, il avait pour fâcheuse manie d'inverser les tours de cartes et les tours de pièces. Quand il voulait sortir une pièce de l'oreille de quelqu'un, il sortait une carte à jouer, et lui coupait l'oreille malencontreusement dans le processus, parce qu'une carte, ça tranche tout de même. Quand il voulait mélanger une pile de cartes, il mélangeait une pile de pièces par inadvertance, avec la même dextérité que s'il mélangeait une pile de cartes, mais du coup toutes les pièces tombaient par terre, il fallait tout ramasser et le spectacle durait six heures. Il maîtrisait par contre le numéro du piano qui vole, mais il ne pouvait l'exécuter faute de budget ; un piano ça coûte cher.

Et ça c'est quand il ne s'essayait pas à mélanger les autres arts de la magie entre eux. La création de potion avec de la bave de crapaud et un valet de trèfle, la confection de poupée maudite avec une guirlande de chiffons qu'il sortait de son nez, l'invocation de démons du septième cercle de l'Enfer avec des gélules d'eau sucrée ... ça fonctionnait presque, mais ça n'impressionnait personne.

Longtemps il s'est interrogé sur sa carrière professionnelle. N'était-il pas temps pour lui de tourner le dos à tout ce folklore, pour trouver un “vrai travail”, comme polisseur de tapisseries ou gardien du rayon de porte-clés de l'hypermarché ? Un travail utile, qui lui apporterait la reconnaissance de la société et un accomplissement personnel, comme dépanneur de claviers, ou assistant manager technique ? Un travail qu'on rêve d'exercer quand on est tout petit, comme hôte d'accueil en boulangerie ou rocher à huîtres ? Il voulait néanmoins se donner une dernière chance, accomplir une dernière quête, trouver le tour qu'il lui manquait pour rendre son art magique unique et pleinement fonctionnel.

Mais avant cela, il avait un rendez-vous pour de l'emploi.

Florent la Banane-Magicienne