Georges la Saucisse

J'ai écrit cinq contes !

Le lendemain matin, Corentin la Truite était arrivé dans un embarcadère au volant de rien parce que c'était plus rapide d'y aller à pieds. Il fut accueilli par un batelier au visage familier. “Bonjour ! C'est encore vous à ce que je vois !” “Bloubloublou bloublou blou. Bloubloubloup bloublou bloubloup !” “Et oui, je fais plusieurs métiers différents en semaine, j'ai pas encore touché l'argent des sponsors, donc je fais garagiste, batelier et assistant d'accueil en semaine pour combler.” “Blou blou ...” “Bon par contre je comprends toujours pas ce que vous racontez. J'ai fait des recherches sur Internet pour vous trouver, mais le moteur de recherche il trouve rien, à part des recettes de cuisine et des paroles de chansons.” “Bloubloubloubloublou.” “Vous savez même pas dire votre nom dans ma langue ? Parce que sinon je vais vous appeler 'moitié de truite qui dit bloup bloup' jusqu'au restant de vos jours et personne veut ça.” “Bloup bloup bloup. Bloubloubloup bloup bloup.” “Vous savez quoi ? Je vais vous amener à mon troisième lieu de travail pour vous présenter aux collègues, peut-être qu'ils sauront ce que vous êtes. Allez ! Grimpez là-dedans !”

Le batelier montra une gondole à Corentin, qui y prit alors place. Bien qu'il sachait parfaitement nager, il n'était pas contre une petite promenade. La traversée de l'étendue d'eau avait débuté. Le batelier entama une petite chanson. “LAISSEUUH LES GONDOLEUUH À VENIIISEUUH. LE PRINTEMPS SUUR LA TAMIIISEUUH.” “Blou ...” “Ah j'aime bien chanter des mots au hasard quand je fais cette traversée. Ça la rend guillerette.” “Blou ...” “Ça me fait penser que je vous ai pas dit où on allait. Et bien on va chez mes sponsors figurez-vous, mais ils font d'autres trucs. Vous saviez que c'était une chaîne de télévision ?” “Bloup bloup ?” “Je vous ai pas dit le nom de l'entreprise alors vous pouvez pas deviner. C'est logique en fait je suis un peu bateau. Ça tombe bien, parce qu'on est sur un bateau, vous avez compris ?” “Blou ...” “M'enfin bon je fais la conversation tout seul depuis hier alors je sais même pas si on a atteint un stade relationnel où on peut faire des boutades.” “Bloupbloupbloup.” “Puis si ça se trouve j'ai raison et vous aimez juste ma chaîne de vidéos et vous êtes venu sur mes autres lieux de travail pour me casser les pieds, et je m'empapaoute pour vous pour rien.” “Bloup, bloubloubloup.” “Bon écoutez, c'est pas grave on est bientôt arrivé hein, je vais arrêter de parler parce que ça casse les pieds à tout le monde.” “Blou ...” “Par contre je peux chanter. LES GONDOLEUUH À VENIIISEUUH LALALALALAAAA

Corentin la Truite avait pu poser pied à quai. Du moins c'est une expression pour dire qu'il était arrivé parce qu'il avait pas de pieds. Il était sur une île comportant une seule bâtisse, et quelle bâtisse : une immense tour au sommet de laquelle trônait un néon géant, prenant une forme familière ... la forme d'un ravioli.

La Gondole vers la Télévision

Corentin la Truite venait de franchir le pas de la porte de la tour. Devant lui se dressait un immense couloir où tout avait été repeint en blanc : les murs, le sol, les meubles, les plantes, les employés, les repas des employés, ... beaucoup d'employés en train de manger toussaient régulièrement du fait d'ingurgiter de la peinture par ailleurs. Au bout du couloir se dressait un bureau, qui était tenu par notre personnage running-gag favori. “Bonjour ! Et voilà, c'est ici mon troisième travail ! Quand la chaîne sponsorise pas mes vidéos, elle me fait accueillir ses clients !” “Bloup bloup.” “Alors donc je vous accueille ... Bonjour, que puis-je faire pour votre service ?” “Bloup bloup bloup, bloubloublou.” “Avez-vous pris rendez-vous avec l'un des responsables ?” “Bloublou.” “Veuillez patienter, je regarde si je trouve votre nom dans l'agenda, pouvez-vous me l'épeler s'il vous plaît ?” “B, l, ou, p, b, l, ou, p.” “Alors bloupbloup ... bloupbloup ... bloupbloup ... non y'a personne à ce nom dans la base de données. Vous voulez prendre rendez-vous avec un responsable peut-être ?” “Bloup.” “Très bien, je vous note ... ah, vous avez de la chance, notre PDG Monsieur Ravioli a justement un créneau qui se libère plus tard dans la journée. Vous m'êtes sympathique finalement alors je vous place là-dessus. Vous pouvez prendre place dans la salle d'attente, il pourra vous accueillir d'ici trois semaines !” “Bloup bloup !” “Mais y'a pas de quoi !” Alors que Corentin se dirigeait vers la salle d'attente, l'assistant d'accueil marqua un temps pour se demander si cette dernière réplique était vraiment appropriée, ou si ce qu'il avait pris pour un remerciement n'en était pas un. Mais on ne se posera pas davantage la question parce qu'on ne le verra plus de tout le récit.

Six semaines plus tard, la voix du mégaphone de la salle d'attente consentait enfin à appeler notre personnage principal. “Bloupbloup la Truite, vous êtes attendu chez Monsieur Ravioli, étage 92cf-ceb3-9d57-d914-ed8b 14d0-e376-43de-0797-ae56, frigo 7.”. Corentin prit alors l'ascenseur pour cet étage.

Trois jours plus tard, l'ascenseur était parvenu à destination, et s'ouvrit directement devant le frigo 7, le bâtiment étant bien pensé. Sa porte s'ouvrit automatiquement à l'approche de Corentin, qui se plaça dans le compartiment des poissons.

Deux secondes plus tard, il se dit que ce serait finalement plus approprié de se placer dans le compartiment des plats en conserve pour trouver quelqu'un qui s'appelait Monsieur Ravioli.

Cinq minutes plus tard, une voix rauque se fit entendre dans l'ensemble du réfrigérateur, Corentin décida de remonter à sa source, et arriva dans le compartiment des pâtes, bien que ce ne soit pas l'endroit le plus approprié pour stocker des aliments secs. Cette voix, c'était celle de Monsieur Ravioli, le rendez-vous de Corentin la Truite, qui n'était ni plus ni moins ... qu'un gnocchetti.

Toute la logique du conte venait de tomber à plat.

Le Frigo de la Tour

Monsieur Ravioli avait un certain don pour converser avec ses interlocuteurs. Son influence était telle qu'il pouvait se permettre de se râcler la gorge en faisant un bruit horrible régulièrement sans qu'on lui en tienne compte.

“BLEARUGH. Monsieur Bloupbloup ... Je ne crois pas vous reconnaître ... Pourriez-vous vous présenter ?” “Bloubloubloup, bloubloubloup, blou blou. Blou blou bloubloubloup. Bloupbloup blou blou bl ou.” “BLEARUGH. Qu'est-ce que c'est que ce charabia ? Vous ne pouvez pas parler notre langue comme tout le monde ?” “Bloupbloublou ! Bloubloublou blou !” “BLARGHUEH. Écoutez ... Si on ne se comprend pas avec des mots, je connais un langage universel, ... celui du jeu.”

Sur ces mots, le gnocchetti tendit un dépliant déchiré à Corentin la Truite. C'était une règle du jeu “Cartographe de Carteries”.

“Cartographe de Carteries – Règles du jeu, nombre de personnes pair nécessaire, avec un minimum de six.

Il vous faut deux jeux de 54 cartes occidentales traditionnelles, un jeu de 32 cartes occidentales traditionnelles, un jeu de 78 cartes de tarot, un jeu de cartes Hanafuda, un jeu de 40 cartes à collectionner de la franchise de votre choix, 6 cartes de réalité augmentée, un set de cartes de jeu type Uno, un jeu de cartes des 7 familles, 10 cartes postales, un set de cartes de jeu de société de culture générale. Toutes ces cartes doivent être mélangées entre elles avant le début de chaque partie.

Chaque personne peut également ajouter une ou plusieurs cartes spéciales à son propre jeu (elles ne sont pas mélangées au reste des cartes), à savoir une carte de type “titre de transport” (permis de conduire, carte de métro ou de bus, ...), une carte de restauration (cantine, sandwicherie, ...), une carte de sécurité sociale et une carte de fidélité non alimentaire. Un ajout d'un type de carte ne peut se faire que si toutes les personnes disposent de ce type de carte et s'accordent pour jouer avec. Enfin, il vous faut également une carte routière, deux planches complètes de billets factice de deux jeux de société différents, un pion de jeu de société par personne, un set d'une centaine de billes, une cordelette, un tas de serviettes en papier, trois câbles USB, au moins une paire d'écouteurs, quatre dés à six faces, et un instrument de musique par personne (flûte à bec, kazoo, guitare, ou tout autre objet pouvant être intégré à un système de percussions).

Placez la carte routière sur votre surface de jeu et répartissez les personnes autour de la surface. Distribuez ensuite les cartes mélangées deux par deux à une personne sur deux dans le sens des aiguilles d'une montre en commençant par la personne située la plus à l'ouest. Une fois le premier tour de carte routière réalisé, continuez la distribution en partant de la personne n'ayant pas reçu de carte située la plus à l'est. Une fois le deuxième tour de carte routière réalisé, reprenez la distribution dans le sens inverse des aiguilles d'une montre en commençant par la personne située la plus à l'ouest. Une fois le troisième tour de carte réalisé, continuez la distribution en partant de la personne n'ayant pas reçu de carte au troisième tour située la plus à l'est. Une fois le quatrième tour réalisé, reprenez la logique de distribution des cartes du premier tour et répétez les différentes étapes trois fois, jusqu'à ce que chaque personne ait en moyenne seize cartes. Le reste des cartes est placé en pile face verso sur le côté de la carte routière. À la fin de la distribution, chaque personne disposant d'une carte de tarot peut la replacer au-dessus de la pile de cartes non distribuées. Si une personne reçoit une carte du jeu de sept familles à l'instant de sa distribution, elle peut immédiatement échanger sa place avec celle d'une autre personne autour de la carte routière, puis la distribution peut reprendre. Les personnes ayant échangé leur place conservent leurs cartes déjà distribuées. Si une personne reçoit une carte à collectionner à l'instant de sa distribution alors qu'une ou plusieurs autres cartes ont déjà été distribuées, elle peut immédiatement échanger l'une de ses cartes avec une carte d'une autre personne. Celle-ci peut refuser l'échange, elle devra alors proposer elle-même un échange d'une autre carte de son jeu à une autre personne, qui ne pourra cette fois pas refuser.

La première personne à jouer est celle située la plus à l'est, elle peut placer la carte de son choix face recto au centre de la carte routière. C'est ensuite au tour de la personne située à sa droite de jouer, puis à la personne située à la gauche de la première personne, puis à la personne située à la droite de la deuxième personne, puis à la personne située à la gauche de la troisième personne, et ainsi de suite. Une fois que toutes les personnes ont joué, le tour est terminé, et on reprend la logique du tour à partir de la deuxième personne ayant joué au tour précédent. Si une carte est visible face recto quelque part sur la carte routière, une personne devant jouer doit placer une carte en respectant plusieurs conditions, d'abord”

Le reste de la règle était manquant. “BLARGOUH. Ce jeu était joué par les anciens sages de l'ancienne Hertzenfoulchenheim. Mais les règles ont peu à peu été perdues au fil du temps. Je vais donc vous proposer une petite partie.” “Bloup bloup bloup, bloubloubloubloup !” Corentin semblait furieux, mais il n'avait pas le choix. Même si personne d'autre que lui n'avait pour l'instant compris son plan, il allait devoir accepter l'offre de Monsieur Ravioli.

Lecture de Dépliant (Partie 1)

Une fois n'est pas coutume, afin de jouer une partie de cartes avec Monsieur Ravioli, il fallait d'abord que Corentin apprenne les règles du jeu en entier. Reparti avec le dépliant, il allait se mettre en quête, et en trouver les parties manquantes. Ce n'était pas la première fois qu'il entendait parler de ce jeu ancien. Ayant lui-même vécu au moins 1500 ans, l'évocation des anciens sages de l'ancienne Hertzenfoulchenheim remontait en lui des souvenirs, et il savait parfaitement par où commencer ses recherches.

La forêt d'Hertzenfoulchenheim avait été le théâtre de bien des actions au fil du temps. Récemment encore, on y avait dépecé un fruit et assassiné un gugusse avec un feutre. Autant vous dire qu'il s'agissait là d'une région plutôt accueillante. Aussi mais surtout, la forêt a été témoin de rites réguliers voilà plusieurs centaines d'années, et on dit qu'une des descendantes de ces rites ... riteurs ... rituelateurs ... enfin bref une descendante d'un des types qui a participé aux rites ... une descendante donc y habiterait toujours.

Corentin l'avait trouvée, et s'en était approché. Il s'agissait ... d'un CD avec une chemise rayée qui était en train de couper du bois. “Bonjour, je peux vous aider ?” “Bloupbloubloup.” “... quoi ?” “Bloupbloubloup.” “Désolée, je vous comprends pas.” “Bloup-blou-bloup.” “Attendez ... vous me dites quelque chose ...” Sans plus tarder, le CD interrompit sa tâche pour se diriger vers sa hutte pas loin d'ici, une hutte plutôt cossue mais avec du vis-à-vis vu que c'était dans une forêt, dommage. Parcourant sa bibliothèque, elle avait fini par trouver un vieux livre de légendes. En le feuilletant, elle avait retrouvé la page qu'elle cherchait : une page représentant une vieille fresque où l'on voyait plusieurs gugusses enveloppés dans de grands manteaux autour d'une grande planche ... et l'un de ces gugusses était le portrait craché de Corentin la Truite. “Ce dessin-là ... il a 600 ans ... et c'est vous dessus.” “Blou.” “Ainsi la légende était vraie ... vous êtes cette truite que plusieurs de mes ancêtres ont connu mais dont personne ne comprenait le propos.” “Blou.” “Vous êtes revenu pour prendre la planche, c'est ça ?” “Blou.” “Elle n'est plus ici, depuis au moins 200 ans. Quelqu'un la volée, on ne sait pas qui.” “Bloubloublou, bloublou.” “Alors j'ai pensé que le 'blou' tout seul voulait dire oui, mais honnêtement, dès qu'il y en a plusieurs ...” “Bloublou ...” “Je me suis pas présentée par contre, je suis Corinne, je travaille dans le bûcheronnage.” “Bloublou.” “Je pense que c'est pas votre vrai prénom, donc je vais éviter de vous appeler dans un dialogue ultérieur.” “Bloup bloup.” “... bon et bien voilà, j'aurais bien voulu vous dire que le voleur avait laissé une trace de pas ou cassé une vitre en partant, histoire d'avoir un indice, mais non, j'ai vraiment aucune idée d'où peut être la planche aujourd'hui.”

Corentin la Truite était déçu de l'issue de cette conversation, et décida de rentrer chez lui.

Non, vraiment, il s'est plus rien passé de la journée, ensuite. Pas même de ravioli quelque part, pas de rebondissement. C'est pas toujours palpitant les histoires vous savez.

La Planche du Bûcheron

Le lendemain midi (à cause d'une panne de réveil), Corentin la Truite était revenu chez Corinne le CD, mais cette fois-ci, il était vêtu d'un grand manteau. “Bigre, mais c'est le grand manteau que vous portiez sur la fresque !” s'exclama Corinne. “Bloup.” répondit Corentin. Sans être plus loquace, il s'approcha de l'étagère de Corinne de laquelle le livre de la veille provenait, et prononça lentement les mots suivants : “Blou bloubloup.” Mot de passe incorrect. “Bloubloup blou.” Mot de passe incorrect. “BlOU BloublOUP.” Mot de passe incorrect, le compte a été verrouillé. Agacé par la situation, Corentin saisit l'un des plateaux de l'étagère et parvint à trouver un bouton caché. Après avoir appuyé dessus, l'étagère se mit à émettre deux vibrations. VVV VVV Un micro venait d'apparaître sur le côté du meuble, Corentin s'en approcha et lui tint ses mots : “Blou bloubloup.” VVV VVV Après deux vibrations, le micro s'était rétracté, l'étagère avait retrouvé sa position initiale. Corentin retenta sa manœuvre. “Blou bloubloup.” VVV VVV Cette fois, c'est son manteau qui avait vibré. Un code-barres en deux dimensions était apparu, puis l'étagère avait déployé une caméra, en émettant deux vibrations à son tour. VVV VVV “Attendez mais elle se comporte pas comme une étagère, cette étagère.” fit remarquer Corinne. Corentin approcha le code-barres de la caméra, qui se rétracta, et l'étagère vibra longuement. VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV Le vacarme assourdissant avait été provoqué par l'étagère qui avait glissé de plusieurs mètres sur le côté, laissant apparaître un compartiment secret dans le mur, ce qui ne manqua pas d'étonner Corinne. “Ah, il y avait un truc planqué là-derrière ? C'est étonnant !” Là-derrière, il y avait un petit papier, sur lequel il était écrit “C'est ici que la planche se range normalement, je vous la confisque, signé M.R.” Qui pouvait bien être ce M.R. ? “Bloublou !” Corentin avait deviné.

L'Étagère Assourdissante

Connaissant le chemin, Corentin n'avait sollicité l'aide de personne de l'embarcadère jusqu'au compartiment de frigo de Monsieur Ravioli. Il avait parcouru l'étendue d'eau à la nage et pris l'ascenseur de la tour de la télévision sans attendre l'issue d'un quelconque rendez-vous, ce qui ne manqua pas d'irriter celui-ci. “BLOUERGH ! Monsieur Bloupbloup ! Vous n'avez pas pris rendez-vous !” Pour toute réponse, Corentin saisit le petit papier qu'il avait récupéré à la fin du chapitre précédent. et le posa sur la table située entre eux. “BLARGH ! Vous avez trouvé cette note et deviné que M.R. voulait dire Monsieur Ravioli ! Vous êtes perspicace Monsieur Bloupbloup !” “Bloup ...” “BLEUARURGH ! Et oui, c'est bien mon ancêtre qui a récupéré la planche que vous cherchez a priori. Et vous avez de la chance, c'est la deuxième partie des règles du Cartographe de Carteries que j'ai numérisé et converti en dépliant depuis. Tenez ! Vous l'avez bien méritée.” Corentin la Truite prit du paracétamol et entama la lecture.

“une carte occidentale peut être posée en début de pile, ou par-dessus n'importe quelle autre carte. Si un 8 de n'importe quelle couleur est joué, la personne ayant joué la carte doit crier 'HUIT ! TOUT LE TAS EST DÉFAUSSÉ !' et ajouter toutes les cartes de la pile à sa main. Si la carte occidentale comporte un chiffre et est jouée sur une pile dont la carte de tout type au sommet comporte également un chiffre et qui soit strictement inférieur à celui de la carte occidentale jouée, la personne ayant joué la carte occidentale peut récupérer un billet factice du jeu de société de son choix qui soit de la plus faible valeur possible. Si à l'inverse le chiffre de la carte au sommet de la pile est supérieur à celui de la carte occidentale jouée par-dessus, la personne ayant joué la carte occidentale doit céder un de ses billets factice au joueur ayant joué la carte supérieure, ou déplacer son propre pion de jeu sur le côté de la pile de jeu désignée.

Une carte de tarot ne peut être jouée qu'au début d'une nouvelle pile de cartes, dans la limite d'un maximum de neuf piles de cartes disposées sur la carte routière. Si une personne ne dispose que de cartes de tarot en main et qu'aucune autre pile ne peut être créée, la personne passe son tour et empoche trois billets de banque factice de son choix et de valeurs différentes. La personne jouant une carte de tarot peut lancer un vote à main levée au moment de jouer sa carte, et demander si la carte qu'il vient de jouer est jolie à son auditoire (si d'autres personnes assistent à la partie sans jouer, il leur est possible de voter également). Si la carte est jugée jolie, la personne remporte cinq serviettes en papier, sinon elle lance un dé, et si le résultat du lancer est supérieur ou égal à quatre, elle remporte trois serviettes en papier, sinon elle passe son prochain tour. Une personne ne peut lancer que trois votes de ce type au cours d'une partie.

Une carte Hanafuda ne peut débuter de nouvelle pile de cartes sur la carte routière. Si une personne ne dispose que de cartes Hanafuda en main et qu'aucune autre pile n'est créée, on inverse l'ordre de jeu des différentes personnes autour de la table, et la personne ayant provoqué l'inversement donne la moitié de son jeu de cartes à la personne située à sa gauche. Si la carte jouée représente un ruban, la personne ayant joué la carte peut échanger toutes ses cartes en main avec toutes les cartes en main d'une autre personne de son choix, à condition que la personne ait bien ses cartes en main au moment où le ruban est joué, sinon elle peut refuser l'échange. Si aucune personne n'a ses cartes en main au moment où le ruban est joué, toutes les personnes autour de la carte routière doivent choisir une pile de cartes sur la table et y déposer la moitié des cartes qu'elles ont en main (arrondi à l'entier supérieur), une fois le dépôt fait, toutes les piles de cartes de la table sont mélangées entre elles, cinq cartes issues de ce mélange sont distribuées à chaque personne en suivant la logique de distribution des cartes en début de partie. S'il n'y a pas assez de cartes dans ce mélange, les cartes ultérieures seront prises dans la pile de cartes laissée face verso en début de partie.

Une carte à collectionner ne peut être initialement posée sur une des piles de cartes de la carte routière. Pour être jouée, la personne disposant de cette carte doit provoquer une autre personne en duel. Si celle-ci n'a pas de carte à collectionner en main, elle passe son prochain tour. Si celle-ci a une carte à collectionner de puissance jugée supérieure par les règles de jeu internes du jeu de cartes à collectionner en question, la personne ayant provoqué le duel perd le combat et pioche une serviette en papier. Si celle-ci a une carte à collectionner de puissance jugée inférieure ou égale par les règles de jeu internes du jeu de cartes à collectionner, elle doit échanger la carte perdante avec la première carte de la pile de cartes face verso issue d'un autre set de cartes en partant de la carte située la plus proche du sol. Si la pile de cartes face verso est vide ou ne comporte que des cartes à collectionner, la personne”

Arrivé à la fin du dépliant sous sa forme actuelle, Corentin la Truite décida de s'évanouir.

Lecture de Dépliant (Partie 2)

À son réveil, Corentin la Truite avait développé une irrépréhensible envie de se gratter. “Ah vous êtes levé !” Corinne le CD était présente, c'est elle qui avait récupéré Corentin après sa perte de connaissance et l'avait emmené ... dans une usine de produits gras ? “Bloubloup ?” “Oui, vous avez fait une crise d'urticaire. Du coup je vous transporte vers la ligne qui fait les assemblages de produits dérivés de la pomme de terre. Si vous plongez dans l'huile de cuisson avec les frites et les chips, ça devrait calmer vos démangeaisons.” “BLOUBLOUP ?” hurla Corentin la Truite qui avait lu bien trop d'articles de debunkage pour croire à ce type de vertus. Mais il était trop tard, il venait d'être basculé dans la cuve des patates.

Il subit en premier temps la pression d'un lourd jet d'eau destiné à nettoyer les fioritures présentes sur la surface des féculents, ce qui ne lui était pas forcément désagréable en premier lieu, Corentin étant immatriculé à l'ordre des poissons. L'étape suivante était un peu plus délicate, car les pommes de terre allaient être épluchées par un set de dix-sept couteaux de cuisine par ordre d'aiguisage du plus lisse au plus râpeux, ce qui ne lui était pas non plus forcément désagréable en second lieu, Corentin n'était composé que d'une moitié de corps. L'étape ultérieure s'avéra plus complexe encore, car les pommes de terre destinées à devenir des frites allaient passer à travers une grande raquette de tennis et celles destinées à devenir des chips allaient passer par un immense coupoir de boucher ne laissant que peu d'interstices entre la scie et sa paroi, ce qui ne lui était toujours pas forcément désagréable en troisième lieu, car Corentin avait juste à se déplacer hors de la ligne de production en fait vu qu'il n'avait pas perdu ses fonctions de motricité.

Mais tout était prévu, en quittant la ligne de production, Corentin chuta dans le vide, et fut réceptionné par un trampoline, mais pas n'importe quel trampoline ... un trampoline en ravioli. La réception fut si bien préparée que son contrecoup s'en retrouva très bien calibré. Ni une ni deux, Corentin fut propulsé en l'air et retomba sur la ligne de production, en compagnie des frites et des chips bien coupées à l'étape précédente.

L'étape qui suivait était celle de la cuisson, les produits allaient plonger dans un immense bain d'huiles bouillantes pour leur donner le croquant nécessaire et être labellisés produits préférés des consommateurs par un panel de trois personnes, ce qui n'était décidément pas désagréable non plus pour Corentin en quatrième lieu, car le réchauffement climatique avait également réchauffé l'étendue d'eau lui servant de domicile et qu'il s'était adapté à des chaleurs insupportables. L'étape finale était celle de l'assaisonnement, tout le monde avait cuit et devait plonger dans un immense bain de cristaux de sels pour leur donner le goût nécessaire et être labellisé impropre à la consommation par plusieurs associations, ce qui échoua encore à s'avérer être désagréable pour notre truite en cinquième lieu, car vivant en temps normal dans un endroit déjà trop salé.

Réceptionné par Corinne avant de tomber dans un sachet non recyclable, Corentin avait été lavé, découpé, frit et salé ... ce qui avait empiré son urticaire. “Vous voyez, ça va déjà mieux.” souligna Corinne qui basait son avis sur le fait que son camarade sentait bon. Corentin quant à lui ne pouvait répondre, car il avait une nouvelle fois décidé de s'évanouir.

Des Pommes de Terre contre l'Urticaire

Il avait beau disposer d'un savoir potentiellement illimité et d'un âge à faire frémir les livres des records, Corentin la Truite ne pouvait dépasser la science dans tous les domaines, et s'autorisa une période de convalescence chez lui, du temps de reposer son urticaire avec des médicaments éprouvés. Cela ne lui empêchait pas de faire le point et de décider d'une marche à suivre pour la suite.

Dans un premier temps, il passa du temps sur Internet pour en savoir plus sur l'entreprise de Monsieur Ravioli, et visionna des vidéos institutionnelles présentées par son vice-sous-adjoint : un rouleau de scotch vide. “Nous vous souhaitons la bienvenue chez Ravioli SARL. Fondée voilà 300 ans, la vision de notre entreprise a toujours été celle de l'excellence. L'excellence de notre fondateur d'abord, Olivier Ravioli, qui ouvre la première échoppe de vente de ravioli aux olives, qu'il baptisa 'Les Raviolives de Raviolivier'. Nombre de ses contemporains se souvenant du goût mais surtout du nom de cette recette, Olivier eut une vision extraordinaire : celle où tous les entrepreneurs du monde bénéficieraient de son savoir-faire dans la création de noms de produits faciles à retenir pour le consommateur. Plusieurs générations se sont succédé à la tête de l'entreprise, mais ce fut enfin Charles-Conquérant Ravioli qui put réaliser la vision de son aïeul, en ouvrant la plus grande fabrique de slogans publicitaires au monde : une chaîne de télévision. Après avoir apporté son expertise auprès de plus de 100 000 clients, Ravioli SARL reste encore aujourd'hui votre partenaire de communication de choix.”

En coupant cette vidéo avec les informations publiées par les journaux d'investigation payants, Corentin avait néanmoins découvert que nombre de ces 100 000 clients ont déclaré des soldes budgétaires négatifs quelques semaines avant d'être rachetés par Ravioli SARL, qui a alors pu apposer son logo sur leurs produits dans un premier temps, avant de leur imposer de remplacer la plupart des produits par des ravioli, même quand ça n'avait aucun sens. Ce que cela n'expliquait pas, c'est pourquoi ces remplacements fonctionnaient, en dépit du bon sens. Pourquoi le mini-van de Corentin avait pu être réparé avec un ravioli ? Pourquoi Corentin avait-il pu rebondir sur un trampoline en ravioli dans l'usine de produits gras ? Par quel prodige un rideau composé de ravioli cuits peut rester solide ? Mais surtout, que faisait un ravioli dans un costume de plongée pour gugusse ?

Puis soudainement, tout se recoupait, ceci avec l'aide d'un souvenir de Corentin ... Qu'on va aborder tout de suite parce que le suspense ça va bien cinq minutes.

La Truite descendit à la cave, un lieu qui était resté non exploré pendant des années, mais qui entreposait nombre d'archives de Corentin, ou d'objets qu'il aurait préféré oublier. Parmi ces objets, il en existait un qu'il aurait préféré oublier pour de bon. Mais son souvenir lui est revenu après avoir réalisé qu'il connaissait le rouleau de scotch vide de la vidéo institutionnelle. Il était vide pour une excellente raison ... c'est Corentin qui possédait sa recharge, dans une boîte en carton restée fermée ... pendant 1600 ans. Cette boîte en carton comportait les derniers mètres d'un scotch très spécial ... un scotch pouvant adhérer à la surface des poissons. Un scotch qui a changé la vie de Corentin la Truite voilà 1600 ans.

Le Scotch à Poissons

Voilà 1600 ans, Corentin était une truite tout à fait ordinaire et entière. Il travaillait dans les champs en semaine et se permettait le loisir de travailler dans les champs le week-end, avant d'aller travailler dans d'autres champs en soirée. Puis un jour de pluie, alors qu'il traversait un chemin, une carriole fit de l’aquaplaning et lui roula malencontreusement dessus, sectionnant son corps en deux.

Oui, ça s'est fait comme ça, c'est très décevant pour l'instant mais attendez de connaître la suite.

Le conducteur de la carriole était un rouleau de scotch à peine entamé, et avec une moustache. Il s'agissait a priori de l'ancêtre du rouleau de scotch vide que nous avons vu au chapitre précédent, car il est bien connu que nos ancêtres avaient tous une tête identique à la notre mais avec une moustache. Après avoir repris le contrôle de sa carriole, le rouleau de scotch marqua un temps d'arrêt. Il avait noté un manquement des amortisseurs de son véhicule et tenait à vérifier pourquoi avant de reprendre la route. En quittant son assise, il comprit, en voyant Corentin alors au sol, séparé en deux et inconscient. Horrifié, le scotch se précipita vers lui pour constater les dégâts. Par chance, il disposait de notions de médecine, comme à peu près tous les charlatans de l'époque. Il savait qu'il lui fallait agir vite s'il voulait sauver cette truite, car la pluie infectait les plaies et allait rendre la tâche plus ardue. N'écoutant que son courage, il saisit son ... matériel de cuisine.

Après avoir préparé un petit feu couvert avec une bâche assez sommaire, il saisit une petite casserole pour y faire fondre du beurre dans de l'huile. Fouillant dans sa carriole pendant un moment, il trouva une meule de parmesan dont il trancha un morceau pour le râper en fins copeaux délicats. Une fois le gras fondu, le scotch plongea dans la casserole pour s'imbiber des arômes de cholestérol qu'il avait réalisé. Après deux minutes de cuisson, il se retira du feu et se précipita vers Corentin. Son sang ne fit qu'un tour ... puis il se déroula entièrement autour des deux parties de la truite, en espérant bien y adhérer grâce à son surplus de gras. D'accord. S'étant entièrement déroulé, le scotch plongea ensuite le corps reconstitué de Corentin dans le reste de mélange d'huile-beurre et le saupoudra de parmesan.

Le temps passait, rien ne se passait. Complètement dépassé, le scotch fit involontairement l'impasse sur plusieurs étapes de cette recette du passé et obtint ainsi un résultat passable.

“Bloup !”

Corentin s'était réveillé ! Mais pas l'arrière de son corps. La recette n'avait que partiellement fonctionné, la pluie s'était trop diffusée dans son corps et avait rendu l'arrière inutilisable. L'entièreté du mélange de corps gras s'était donc diffusée dans la partie supérieure de son corps, et avait crée un cycle perpétuel de mélange de cuisson circulant dans le reste des muscles de la truite !

Ce cycle perpétuel avait pu maintenir la truite en vie pendant des siècles, mais non sans douleur. Traumatisé par la perte d'une partie de son corps, Corentin décida rapidement de se défaire de ce montage à base de scotch et de l'arrière de son corps qu'il rangea dans une boîte en carton qu'il n'ouvrit plus, et fit en sorte de dissimuler sa condition du mieux possible pour que jamais personne ne voie les mutilations de son corps. Réalisant plus tard qu'il était éternel, il consacra les siècles qui lui étaient donnés à l'étude du monde, en accumulant un savoir considérable sur nombre de sujets, en s'investissant à divers endroits, comme dans cette organisation qui avait rédigé la deuxième partie des règles du Cartographe de Carteries.

Et 1600 ans plus tard, Corentin avait enfin retrouvé un des descendants du rouleau de scotch qui avait changé sa vie.

La Cuisine sous la Pluie

Corentin avait pris contact avec le rouleau de scotch vide. Bien que ce dernier n'aie strictement rien compris de ce que lui disait le premier, il semblait attendre cette prise de contact, et lui donna rendez-vous dans un hippodrome le soir-même. La truite avait rejoint le lieu de rendez-vous au crépuscule. Ne sachant pas vraiment où se placer, il s'assied pile au milieu de la structure, dans l'objectif d'être visible du mieux possible, puis il patienta.

La nuit était tombée, l'hippodrome était plongé dans l'obscurité la plus totale. Toujours patientant en son centre, Corentin ne pouvait strictement rien distinguer, n'ayant pas d'yeux si développés. Soudain, un des écrans de l'hippodrome s'alluma, pile au début du générique du journal télévisé, sur la chaîne appartenant à Ravioli SARL. * vut tutututu tutututu tutututu tutututu vuuduuvududuuduuduuuu vut tutututu tutututu * Cette musique de générique était décidément bien entêtante. “Madame monsieur bonsoir, et bienvenue dans VOTRE journal télévisé.” Le présentateur était encore plus entêtant. “Passons sans plus tarder à cette histoire d'une famille de notre pays, ravagée par son passé. Chef cuisinier reconnu dans le monde entier, l'ensemble de sa fortune lui a été volé voilà plusieurs siècles, et ses descendants se battent depuis pour que Justice soit faite. Un reportage de Michel Scotch.” L'écran s'était éteint, plongeant à nouveau l'hippodrome dans l'obscurité.

“C'est l'histoire d'une famille pas comme les autres qui commence voilà 1600 ans.” Corentin avait reconnu cette voix, c'était la voix du rouleau de scotch vide, qui passait à travers les mégaphones de l'hippodrome. Un des projecteurs s'alluma brusquement, braqué sur une gravure d'un rouleau de scotch à moustache. “Celle de Christian Scotch, cuisinier des plus grands notables d'Hertzenfoulchenheim, et reconnu pour l'invention des ravioli, ayant fait frémir les papilles des petits et des grands.” Corentin reconnaissait le rouleau de scotch qui avait changé sa vie sur la gravure. Le projecteur s'éteignit, un autre s'alluma, braqué sur une autre gravure, représentant cette fois le rouleau de scotch moustachu en train d'être vidé de sa substance par une moitié de truite avec des dents acérées. “Pourtant, sa vie a basculé le jour où il a croisé ce qui semblait être une moitié de truite qui l'a attaqué, pour lui dérober l'ensemble du scotch dont il disposait.” Corentin se demandait s'il avait vraiment développé pareille dentition à l'époque. Voilà bien longtemps qu'il ne manque jamais le rendez-vous annuel que lui donne son dentiste. Le projecteur s'éteignit, un autre s'alluma, braqué sur une autre gravure, représentant cette fois plusieurs rouleaux de scotch vides sous forme de frise chronologique. “Privé de son scotch, il fut contraint de se retirer du monde, et de condamner l'ensemble de sa famille au désespoir, à la perte de la recharge de scotch qui faisait sa fierté. Les siècles ont passé, la rancune a évolué, jusqu'à atteindre Michel Scotch, dernier membre de cette famille, qui nous a confié son ressenti.” Le projecteur s'éteignit. Un temps s'écoula, sans qu'il ne se passe rien. “Le projecteur est cassé.” Le premier projecteur se ralluma. Un temps s'écoula à nouveau, puis le rouleau de scotch vide était apparu essoufflé devant la première gravure, comme après avoir terminé un sprint. “... pfou ... Bonjour Michel Scotch ... pfou ... que recherchez-vous ... pfou ... aujourd'hui ?” “... pfou ... Avant tout la vengeance ... pfou ... On a volé notre ... pfou ... patrimoine sans aucune ... pfou ... forme de procès.” Corentin assistait toujours à la scène entre un reporter et la personne qu'il interrogeait, où exceptionnellement les deux parties étaient la même personne. “... pfou ... Si vous rencontriez la ... pfou ... moitié de truite qui vous ... pfou ... a volé, que lui diriez- ... pfou ... vous ?” “... pfou ... et bien vous oh et puis zut ... pfou ... vous avez compris.” Michel Scotch avait soudainement interrompu son auto-interview pour se diriger vers Corentin. Reprenant son souffle, il se lança dans une envolée. “C'est vous qui avez volé le scotch de mon ancêtre. C'est vous qui l'avez condamné au désespoir. C'est vous qui avez plongé notre famille dans la honte, et qui allez payer pour ça 1600 ans plus tard.” Au fil de ses répliques, les trois projecteurs fonctionnels s'allumaient successivement, plongeant l'hippodrome dans une mise en scène de lumières théâtrale et dramatique. Michel Scotch se rapprochait toujours plus de Corentin, en aiguisant la partie coupante du réceptacle à scotch qui l'entourait, en gardant un air menaçant. Complètement perdu face à la situation et se demandant ce qu'il se passait, Corentin n'eut qu'une réplique : “Bloup ?” Ce qui n'allait pas l'aider.

L'Hippodrome des Lumières