Georges la Saucisse

J'ai écrit cinq contes !

Hertzenfoulchenheim est une ville qui avait connu bien des péripéties au cours des dernières années. La dernière en date concernait une sombre histoire de raviolis qui aurait mis à mal la production de quantités d'objets usuels utilisés un peu partout. Pour y remédier, il fallait reconstruire la société, ce pourquoi ont commencé à être organisées de grandes fêtes du travail, nommées sobrement “les fêtes de l'emploi”. La participation à ces festivités était obligatoire pour tout gugusse habitant dans le coin. On y faisait passer des entretiens professionnels au cours desquels tout le monde voyait son activité jugée et éventuellement sanctionnée si elle ne servait à rien dans la société. Afin de rendre l'ambiance moins anxiogène, ces entretiens étaient néanmoins entrecoupés de petits spectacles, de buffets avec des gâteaux, de conférences sur l'emploi de demain et d'exercices de yoga. Participer à tous ces ateliers était également obligatoire cela va de soi.

Une aubaine pour Florent la Banane-Magicienne, qui animait ici un des spectacles au programme, et terminait tout juste son dernier numéro. “... et de mon chapeau dans lequel j'ai mis une grenouille, je sors ... la carte du réseau ferré de la région !” La salle était comble, mais il n'eut que trois applaudissements et un “ouais” peu enthousiaste. Il faut dire que les spectateurs étant obligés d'être là, et ils auraient préféré être ailleurs. Mais c'était à présent l'heure de l'entretien de Florent justement. Il se dirigea vers un bureau où l'attendait un drôle de zèbre. “Bonjour, je suis Florent la Banane-Magicienne.” “Bonjour, je suis un drôle de zèbre, parce que j'ai un chapeau rigolo. Asseyez-vous.” “Ah oui, c'est vrai qu'il est rigolo votre chapeau.” C'était un chapeau tout à fait banal, mais Florent ne voulait pas contrarier son interlocuteur. “Alors, Banane-Magicienne Florent vous avez dit, c'est ça ? Je vous cherche dans mon petit classeur.” Sur ces mots, le zèbre sortit un classeur immense de sous son bureau et le posa dans un bruit fracassant. “Vous faites quel métier ?” “Magicien.” “Ah bah vous portez bien votre nom !” “Oui, on l'a choisi parce que j'aimais bien la magie.” “C'est original, hein ! Hahaha !” Le drôle de zèbre se forçait à faire de la conversation inutile pour rendre l'ambiance moins anxiogène. “Alors magicien ... je regarde dans mon classeur ... je tourne les pages ... ça doit être dans l'intercalaire orange ...” “Je dois être dans les B je pense, pour Banane.” “Ah non mais on classe pas selon votre nom ici, mais selon votre note.” “Ma note ?” “Ah bah encore un qui est né hier ... Vous savez, quand vous avez fait votre premier entretien, on a noté votre profil selon un barème avec des couleurs, et ensuite on l'a mis dans des classeurs dans la section délimitée par un intercalaire de la même couleur. Vous avez l'intercalaire vert pour dire que c'est bon on va pas vous ennuyer, vous faites un super boulot ; l'intercalaire jaune pour dire que ça va mais qu'il y a quand même un risque, c'est un beau métier mais vous ferez pas toujours ça ; l'intercalaire orange c'est pour les métiers un peu nuls, qui servent à rien, donc typiquement ce que vous faites ; l'inter “Attendez attendez, comment ça mon métier sert à rien ?” “Bah oui magicien ça sert à rien mon pauvre ami, aujourd'hui on veut des polisseurs de poignées de portes ou des porte-apéritifs, va falloir vous reclasser mon vieux.” “Vous savez que je peux faire disparaître votre classeur si vous continuez à me dénigrer ?” “Ah bah dans ce cas vous passerez dans l'intercalaire rouge, celui des ennemis de la société, et on va devoir vous ostraciser. Les gens auront pour ordre de vous regarder de travers dans la rue et de vous jeter leurs peaux de bananes au visage.” “...” “Non mais pas vous jeter vous, enfin vous avez compris. Attendez, où vous allez ? Ne partez pas sinon c'est l'intercalaire rouge !”

Énervé et dépité, Florent avait quitté le bureau avant la fin de son entretien, et serait désormais ostracisé.

La Notation en Intercalaires

Les nouvelles vont vite à Hertzenfoulchenheim. À peine avait-il récupéré ses affaires de magie et quitté le secteur dans lequel avait lieu la fête de l'emploi, que Florent la Banane-Magicienne sentait déjà un changement autour de lui. Les gugusses le regardaient bizarrement, en soulevant leur menton pour les personnes qui en avaient, en jetant des “peuh” à son visage. Les enfants pleuraient de peur en le voyant. D'autres le montraient du doigt sans rien dire et en gardant une position fixe, telle une girouette sur un toit un jour sans vent, ce qui était assez particulier à observer.

Florent était désormais ostracisé parce qu'il assumait son métier inutile.

Prenant peu à peu conscience de ce qu'il lui arrivait, il se retrouvait de plus en plus submergé par l'émotion, pris de vertiges. Il décida de poser ses affaires au sol, et de s’assoir sur le bord d'un trottoir pour reprendre ses esprits avant de reprendre son chemin. Il songeait au nouvel avenir qui l'attendait, pour peu qu'il en ait un. Pensif, il se replongeait dans ses affaires, ses paquets de pièces, son porte-monnaie rempli de cartes, son chapeau. “Wheeeeeh oh !” Son chapeau venait de crier. “Non mais une fois par jour ça suffit, faudrait me fiche la paix à un moment !” Florent restait bouche bée, ne sachant ni quoi dire ni quoi faire, la surprise le fit malgré tout regarder à l'intérieur de son chapeau, dans lequel il put identifier la source de la voix. “Attendez, mon lapin de magicien ... il parle ?” “Bah ouais mon grand, ça fait sept ans que tu m'as enlevé et enfermé la-dedans, il était temps de s'intéresser à ce que je faisais bon sang !” “Bah ... pardon ?” “Ouais bon de toutes façons au bout de sept ans c'est trop tard pour essayer de retrouver ma vie d'avant, donc on fera avec. Bon, c'est pas tout mais j'ai un truc à te proposer vu que t'as l'air dans la sauce. Tu connais la géographie ?” “Euh ... je pense.” “T'as déjà dessiné un liseré bleu sur les côtes sur une carte en papier ?” “Oui.” “Et bah c'est moi qui ai inventé cette convention, et paf !” “... bravo ?” “Rien que de penser à tous ces mômes qui ont perdu des points dans leurs examens parce qu'ils ont oublié de repasser les côtes en bleu, ça me fait marrer tous les jours. Mais bon du coup tu te doutes bien que j'ai bouffé de la carte, surtout en étant coincé sept ans dans un chapeau, fallait s'occuper.” “Non mais attendez euh ... moi je suis désolé, je savais pas, je pensais que vous faisiez rien là dans la nature à l'époque où je vous ai capturé, donc je me suis dit que vu que j'étais magicien, je pouvais vous ...” “Bah non gros malin ! J'étais sur les traces d'un trésor figure-toi ! Y'avait un indice pas loin et du coup si ça se trouve il est plus là et je suis marron pour le retrouver maintenant !” “Non mais c'est pas dit, on peut le chercher là maintenant. C'est par où que je vous ai capturé déjà ?” “Bah je sais plus moi maintenant, faudrait que je retrouve ma carte de l'époque, et au bout de sept ans elle doit plus être là.” “Attendez, je me souviens peut-être ... c'était pas un endroit où il y avait un arbre ?” “Ah bah des arbres on en a un peu tout le tour du ventre tout de même, tu te fous de ma “Non non, mais vraiment un arbre très bizarre, avec un tronc, qui se scindait en deux branches, et les deux branches refusionnaient ensuite en un tronc unique ... je sais où c'est, suivez-moi !” “JE-SUIS-EN-FER-MÉ-DANS-TON-CHA-PEAU-DE-PUIS-SEPT-ANS-JE-PEUX-PAS-SOR-TIR-!”

Perdu dans ses mouvements pendant un temps, Florent rassembla ses affaires pour se précipiter vers l'endroit où il avait vu ce fameux arbre.

Le Lapin Géographe

Voilà sept ans, Florent la Banane-Magicienne avait vu l'arbre qui avait un tronc puis deux branches puis de nouveau un tronc près d'une forêt, ce qui pour un arbre était plutôt bien pensé. En arrivant sur place de nos jours, Florent et le lapin découvrirent que de la forêt il ne restait qu'une plaine avec énormément de trous un peu partout, comme si les arbres ayant habité ce lieu avaient été violemment arrachés par la force d'un géant. “Bon, bah mon arbre n'existe plus.” constata Florent non sans un soupir de désespoir. Mais au loin, d'autres arbres se dressaient toujours, et entre nos protagonistes et ces arbres, une moissonneuse-batteuse était en activité, et c'est elle qui déracinait les arbres de sa force ! Sans autre mot dire, Florent emporta le lapin avec lui pour se précipiter vers ce véhicule de destruction.

À l'intérieur de ce véhicule se trouvait un gugusse tout à fait banal. Florent engagea la conversation. “Bonjour, c'est vous qui déracinez les arbres ?” “Bonjour ... non non je fais des endives au jambon, je pensais que ça se voyait. Ah ! Mais c'est vous le magicien qui s'est révolté. Éloignez-vous de moi tout de suite, je veux pas prendre de risque !” “Hein ? Mais comment vous faites pour savoir ça ?” “Et moi, je peux vous parler, peut-être ?” Le lapin s'était interposé. “Qui c'est qui a parlé ?” “C'est moi, le lapin dans le chapeau.” “Ah bah oui, un lapin dans un chapeau pour un magicien ...” “On est pas là pour ça, moi je suis pas dans votre fichier débile, alors vous allez répondre à mes questions. Est-ce que vous avez vu un arbre avec un trou qui traversait le tronc ?” “Mais des arbres j'en ai vu des milliers depuis tout à l'heure, j'ai un boulot moi contrairement à vous !” “Ah oui, vous déracinez des arbres avec une moissonneuse-batteuse.” “Je l'ai débridée.” “Ouais, mais du coup vous vous souvenez vraiment pas d'un arbre bizarre dans votre massacre ?” “Bah non, vous savez comment ça marche ces engins, tout ce qui rentre ça finit broyé en deux-deux et récupéré dans la benne à l'arrière. Votre arbre il doit être en copeaux.” “On peut fouiller votre benne ?” “Bah vous attendrez que j'aie fini, je tiens à mon boulot moi contrairement à vous !”

La conversation avec ce désagréable gugusse terminée, Florent et le lapin organisèrent un pique-nique pas loin d'ici en attendant que sa journée soit finie. Seize heures plus tard, il pouvait enfin leur laisser l'accès à sa benne. On y trouvait beaucoup de copeaux de bois, de terre, d'herbe, et même d'autres trucs dont il valait mieux ne pas essayer de deviner l'origine. Pressé par le temps, le gugusse avait commis des meurtres sans faire exprès. Mais au milieu de tous ces débris se tenait une curieuse bouteille en verre. Le verre en question était très épais, il était difficile de voir ce qui était à l'intérieur, même si on pouvait distinguer les formes d'un rouleau de papier. “Bon bah ouvrez-là alors !” s'impatientait le lapin. “Je veux bien mais ... comment ?” Contrairement à la plupart des bouteilles mises sur le marché, celle-ci ne disposait d'aucune ouverture visible, en lieu et place du bouchon, il n'y avait que du verre. Impossible d'ouvrir cette bouteille. Florent se trouvait contraint de souligner une terrible réalité : “Bon ... bah l'histoire s'arrête là.”

Une Bouteille dans la Moisson

Finalement, Florent décida de jeter la bouteille au sol pour la casser. Ça aurait été ballot de s'arrêter déjà maintenant. Dans cette bouteille, il y avait bien un vieux bout de papier tout fripé, peut-être un parchemin, peut-être un papyrus. Pour le savoir, il fallait le dérouler pour découvrir son contenu.

Rien.

Il n'y avait strictement rien d'écrit sur ce papier, c'était juste une feuille vierge. “Ah ça c'est bête, vu que je suis géographe, j'aurais pu vous interpréter ça si c'était une carte, mais vu que c'est pas une carte, je peux rien faire.” déclara le lapin du chapeau, pas forcément certain du fait que sa phrase apporte quelque chose au récit. “Non mais attendez, c'est peut-être une feuille magique, il y a peut-être une formule à réciter pour que quelque chose apparaisse, je connais deux-trois sorts dans ce genre.” souligna Florent la Banane-Magicienne, pas forcément certain du fait de se souvenir des sorts en question. Florent posa la feuille au sol, posa trois cailloux pour la maintenir déroulée, et incanta quelques baragouinages. “Mltttprrt.” Il ne s'était rien passé. “Mltttrrrtv.” Il ne s'était à nouveau rien passé. “Prrrtvlm.” Il ne s'était une fois de plus à nouveau rien passé. “Vous avez essayé avec des voyelles peut-être ? Enfin j'en sais rien, c'est pas mon boulot.” “C'est normal, y'a toute une catégorie de sortilèges qui sont composés uniquement de consonnes, mais celui-là je sais plus s'il se termine par prrt ou par tvlm.” “Il est vraiment tordu votre secteur d'activité, c'est pas étonnant que personne veuille faire ça.” Florent retira les cailloux et décida de rentrer chez lui, dépité de constater qu'il n'arrivait même plus à maîtriser son métier tant haï.

La nuit était tombée, Florent était presque arrivé, et toujours en pleine conversation avec son lapin pour tenter de comprendre ce qu'était ce papier. “Vglglgl ! Gggggkkrpt ! Ssskzpmmm !” “Le plus étonnant avec toutes ces formules que vous avez balancé depuis tout à l'heure, c'est qu'il y en ait pas eu une seule qui ait déclenché quoique ce soit d'autre, même un effet qu'on s'attendait pas à voir.” Au fil de ses essais, Florent avait aussi commencé à prendre des positions avant de lancer ses sorts. Il se mettait debout sur un pied ou sur l'autre, il faisait le poirier, ou des tours sur lui-même. “Là ! Il y a quelque chose !” Il avait malencontreusement pointé sa carte vers un des lampadaires de la rue qui était allumé maintenant qu'il faisait nuit, et la lumière passait à travers le papier, révélant ... des milliers de petites flèches. “Faites voir ... oh, mais des flèches, ça indique des directions, ça veut dire que c'est bien une carte, et que je vais pouvoir la déchiffrer !” “Ah bah bon courage, y'a quand même un bon paquet de flèches.” “Un peu mon neveu, vu le nombre, ça doit pas être un point facile à trouver. Tenez, là, par exemple, il y a trois flèches qui pointent vers la droite, ça veut dire qu'il faut se diriger trois fois vers la droite.” “Ooh ...” “Ouais je sais, c'est pas évident à deviner, on s'est beaucoup posé la question entre géographes avant d'implanter cette fonction, mais force est de constater qu'on a pas trouvé plus simple. C'est pas intuitif, mais on s'y fait.”

Le lapin avait continué de déchiffrer la carte pendant des heures sous le lampadaire, dans une position tout sauf confortable. Et au petit matin, il était arrivé à une conclusion. “Et bah bon sang, vous allez pas croire ce que c'est !”

Des Directions sous le Lampadaire

Le lapin avait suggéré à Florent de rebrousser chemin pour aller rendre visite à un de ses amis qui pourrait les aider. Sur le chemin, le lapin expliqua les détails de sa découverte. “Vous voyez toutes ces directions ? Elles mènent vers une terre qui n'a jamais été cartographiée. Ce bout de papier qu'on a trouvé est l'unique indice nous permettant de trouver cette terre. En tant que géographe, c'est toujours excitant de se dire qu'on a de la documentation pour découvrir un nouveau lieu inconnu jusqu'alors, mais le hasard a fait que c'est également un lieu qui pourrait vous intéresser. Ce lieu, c'est l'endroit où a été inventée la magie.” “... vous voulez parler de la Terre Sacrée de l'Effroi Mythique de la Source de l'Éveil Mythologique de la Légendaire Montagne ?” “Exactement ! On voit bien que ce sont des magiciens qui ont nommé l'endroit, de manière à ce que personne d'autre qu'eux ne soit capable de retenir le nom.” “C'est une histoire que tout le monde connaît dans le secteur de la magie ! On y raconte que douze personnes y auraient forgé la toute première baguette magique au monde, capable de lancer n'importe quel sort de n'importe quelle catégorie de magie ! Et cet objet s'appelait ... le Bâton Fabuleux.” “Seulement, votre machin, il est visiblement planqué dans un lieu qui est atrocement loin d'ici, et si on y va à pieds, on en aura pour plusieurs mois. C'est pour ça que je vous emmène chez un aubergiste de ma connaissance, qui pourra nous équiper correctement pour le voyage.” “Oh, parce qu'il faut y aller ?” “Écoutez mon vieux, c'est à la fois un périple palpitant pour un géographe et pour un magicien, vous allez pas me dire que vous allez passer à côté de ça. En plus vous avez un boulot nul et tout le monde vous déteste ici. Là au moins on va partir très loin et tomber sur des sociétés qui vous rejetteront pas pour ça. Alors vous allez m'acheter votre plus belle paire de chaussures, et en avant la musique !”

Nos deux compères étaient arrivés devant l'auberge, qui était désormais ... une biscuiterie. “Ah mais oui bon sang, j'ai passé sept ans enfermé dans un chapeau, forcément que l'endroit a changé depuis. Bon écoutez, on va quand même rentrer, je vais demander des infos.” Entrant dans la boutique, le lapin et la banane firent face à un canard assez agressif. “BONJOUR ! Qu'est-ce que je peux faire pour VOUS ?” “Bonjour, je suis magicien et ...” “NON ! PAS VOUS ! VOUS là, à côté, qui faites pas un métier hors normes. Qu'est-ce que je peux vous SERVIR ?” “Bonjour, on cherche à savoir où est passé l'aubergiste qui tenait ce lieu avant vous.” “D'ACCORD. Je veux bien vous aider, mais à UNE CONDITION. VOUS ALLEZ M'ACHETER UN BISCUIT.” “Oh s'il vous plaît j'ai pas très faim, et puis je vous demande pas grand chose.” “UN BISCUIT D'ABORD.” “Bon très bien, on va vous prendre un biscuit chacun.” “NON, je sers PAS votre pote, il a un boulot NUL.” “Bon bah donnez-moi deux biscuits et je lui donnerai le deuxième moi-même.” “Vous en ASSUMEREZ LES CONSÉQUENCES.” Sur ces mots, le commerçant tendit une assiette avec deux biscuits en miettes. “Ah, c'est des biscuits en morceaux.” “ILS SONT PAS EN MORCEAUX, ILS SONT FISSURÉS, parce que ça fait TRÈS LONGTEMPS qu'ils sont là, parce que PERSONNE veut acheter mes biscuits SAUF VOUS.” Le lapin saisit l'assiette et donna un des biscuits à Florent qui n'osait rien dire de peur de se faire rabrouer. Tous deux dégustaient leur biscuit, même s'ils avaient l'impression de manger du sable. “Dites, du coup, vous savez quoi sur l'aubergiste qui était là avant vous ?” “Et bien quand j'ai repris le magasin, je l'ai repris à un BOUCHER. Lui il m'a dit qu'il l'a repris à un BOULANGER, qui lui avait dit qu'il l'avait repris à un AUTRE BOUCHER, et le deuxième boucher l'a repris à L'AUBERGISTE, qui l'avait en fait repris à “Non mais c'est bon merci, on va s'arrêter là.” “C'est COMPLIQUÉ de faire tenir un commerce je vous ferais dire. Même moi je ferme DEMAIN, parce que j'ai vendu que DEUX BISCUITS depuis que je suis ouvert, et ce sera repris par un TROISIÈME BOUCHER.” “Oui non mais, l'aubergiste du coup, il est où ?” “VOUS AVEZ PAS FINI VOTRE BISCUIT.” “Oh mais c'est bon, ils sont dégueulasses vos biscuits à un moment, c'est pas étonnant que vous fermez, c'est à se demander si vous les avez goûté avant.” “Je peux PAS LES GOÛTER, je suis un CANARD, j'ai PAS DE DENTS.” “Voilà c'est bon, j'ai fini votre biscuit, dites-moi où est l'aubergiste avant que je m’évanouisse !” “JE SAIS PAS, J'ÉCOUTAIS PLUS LE BOUCHER PARCE QUE C'ÉTAIT COMPLIQUÉ.” Florent et le lapin s'étaient évanouis à cause des biscuits fissurés.

Les Biscuits Fissurés

“Bon, qu'est-ce qu'on a aujourd'hui ?” “Patient numéro un, Banane-Magicienne Florent, patient numéro deux, Géographe Lapin, tous deux intoxication alimentaire, les biscuits qu'ils ont mangé étaient trop rassis.” “Ah, c'est le nouveau parasite de la société, pfff ...” “Quel parasite ?” “Bon sang mon petit, c'est pas possible d'être en-dehors de la société comme ça. La banane, là, elle s'est révoltée à la fête de l'emploi, du coup elle est dans l'intercalaire rouge, avec les ostracisés.” “J'ai jamais compris pourquoi fallait faire ça en fait.” “Mais parce que ... euh ... ça se fait pas, c'est comme ça, c'est contre nos valeurs, voilà !” “Bah ouais, mais ... on va quand même le soigner, hein ?” “Pfff ... je sais pas, j'ai pas envie.” “Bah moi je le soigne sinon, je vous ai assez vu faire, je peux m'en charger.” “Faites attention mon petit, y'en a qui se sont retrouvés dans l'intercalaire orange pour moins que ça !” “Mais on va quand même pas le laisser pourrir sous prétexte que des gens aiment pas son boulot, il fait rien de mal quand même !” “Bah si, c'est un parasite profiteur !” “Mais il profite de quoi ?” “Il profite de ... euh ... bon, très bien, occupez-vous-en pendant que je fais le lapin. Vous avez déjà anesthésié une banane ?” “Bah non, c'est quand même pas commun d'anesthésier une banane.” “Bon, je vais le faire, hop, je prends le flacon de xylocaïne tout neuf, la seringue, et ... hop ! Dans le genou !” “... fallait vraiment injecter TOUT LE FLACON ?” “Bah je vais pas le laisser quitter les lieux tout penaud quand même, ça lui apprendra.” “Et pourquoi vous avez piqué le genou ? Ça va m'aider en quoi pour soigner son intoxication, au mieux il pourra plus marcher pendant un mois !” “Eh bah ça lui fera les genoux ! Mehmehmehmehmeh !” “... c'est vrai que c'est votre rire ça.” “Bon écoutez, arrêtez de me casser les pieds ... en l'occurrence c'est pas moi qui ai les pieds cassés après une dose pareille ! Mehmehmehmehmeh !” “... bon du coup faut que je détoxifie cette banane ... ... je vais devoir dévisser la jambe sinon ça marchera jamais.” “Je confirme, si vous lui dévissez la jambe, il marchera plus ! Mehmehmehmehmeh !” “... alors ... voilà c'est dévissé ... j'enlève les biscuits ... et ... je ... lave ... voilà, je revisse ... et on est bon ...” “Vous vous en sortez avec le paria ?” “C'est bon, j'ai fini, le lapin, il est bon ?” “Non, je sais pas ce qu'il fait coincé dans ce chapeau mais ça complique bien la tâche, j'arrive pas à l'enlever, donc va falloir l'opérer depuis un endroit pas possible. Là j'ai juste accès aux oreilles et à ses jambes.” “Bah sinon on peut lui injecter de la xylocaïne dans le genou, comme vous avez fait avec la banane.” “Malheureux ! Il ne faut jamais injecter de la xylocaïne dans un genou pour une intoxication alimentaire !” “Mais c'est ce que vous avez fait tout à l'heure avec mon patient !” “Oui, mais parce que lui c'était un ... enfin vous voyez. Bon, d'accord, je vais faire ça aussi, mais surtout pas le flacon entier, quelques gouttes suffisent. Passez-moi ça.” “...” “Oh faites pas cette tête, le lapin il sera sur pieds d'ici quelques heures de toutes façons.” “Bah non, il est coincé dans un chapeau, il peut pas marcher de lui-même.” “... votre mauvais esprit vous perdra ... Hop, c'est nettoyé pour le lapin, envoyez-le en salle de repos.” “La banane aussi je suppose ?” “Non, ce truc c'est dehors, je vois pas pourquoi ça pourrait profiter des services de soin correctement, allez, zou !”

De la Xylocaïne dans le Genou

Florent la Banane-Magicienne s'était éveillé. Il était sur un trottoir devant un hôpital. Son système digestif se portait bien, sa jambe droite un peu moins, et il ne comprenait pas pourquoi. Impossible de l'actionner de quelconque manière que ce soit. Il tentait de faire quelques pas à cloche-pieds, mais ce sans grand succès. Il n'y parvenait pas sans tomber. Soudain, un gugusse arriva en face de lui sur un vélo assez banal. Il portait un costume-cravate bien trop grand pour lui et un de ces casques de vélo ridicules. “Ah ! Vous êtes là, je vous cherchais !” fit savoir le gugusse tout guilleret. “On se connaît ?” rétorqua Florent encore dépité par sa situation. “Moi je vous connais, vous êtes le type qui s'est révolté à la fête de l'emploi, mais c'est pas grave ! Je suis là pour vous proposer un vrai travail !” “Mais magicien ça me convient très bien.” “Tututut, ne recommencez pas ! Il faut savoir disrupter ses compétences, et pour y parvenir, je suis là pour vous proposer un partenariat qui pourra élargir votre horizon professionnel !” “Écoutez, vous voulez pas passer une autre fois ? Là j'ai ma jambe qui ne marche littéralement plus et j'essaie de comprendre pourquoi.” “Ah et bien c'est parfait !” “Merci de vous réjouir ...” “Non, je dis c'est parfait pour vous et pour moi ! Vous voyez ce véhicule révolutionnaire que j'ai avec moi ?” “C'est un vélo ?” “Non ! C'est un VTT.” “Oui bon d'accord, et alors ?” “Ce n'est pas n'importe quel VTT ! C'est un VTT ... particulier, un VTT que j'ai disrupté ! C'est pourquoi je l'ai nommé ... le DisrupVTT™ !” “Super.” “Le DisrupVTT™, c'est le premier VTT à être vraiment TT ! C'est pourquoi il a failli s'appeler le VVTT, pour Vraiment Vélo Tout Terrain, mais les mots-clés n'étaient pas disponibles. Donc je l'ai appelé ... le DisrupVTT™.” “Génial.” “Le DisrupVTT™ peut se conduire sur tous types de terrains, contrairement au VTT classique. Vous voyez l'escalier qui mène à l'hôpital derrière vous ? Et bien vous pouvez le franchir avec le DisrupVTT™ !” “Mais on peut franchir un escalier avec un vélo normal aussi.” “Non ! Car le vélo normal n'est pas un VTT particulier, ce n'est pas le DisrupVTT™ !” “Bon fabuleux, et moi là-dedans je fais quoi ?” “Je viens vous proposer de rejoindre l'équipe des ambassadeurs du DisrupVTT™ ! En tant qu'ambassadeur, vous pouvez utiliser le DisrupVTT™ en illimité et dans n'importe quel contexte, et vous disposerez ainsi d'un vrai travail à déclarer ! Je vous demande juste de laisser les logos du DisrupVTT™ bien visibles sur les roues pour en faire la promotion. Qui plus est là vous voyez à côté des logos, je vous ai fait un petit code partenaire, et si des personnes veulent acheter un DisrupVTT™ grâce à vous, en entrant ce code de parrainage, elles bénéficieront de cinq heures de DisrupVTT™ gratuites pour leur premier usage.” “Et pourquoi elles achèteraient pas juste un VTT normal ?” “Parce que les VTT normaux ne sont pas disruptés, contrairement au DisrupVTT™.” “Bon d'accord, mais il faut des jambes en état pour faire du VTT, et moi là je peux pas vous le garantir.” “Ha ha ha ! C'est là toute la spécificité du DisrupVTT™, pas besoin de contraintes particulières pour faire du DisrupVTT™, car quand on veut, on peut !” Le gugusse fit s'assoir Florent sur la selle de son vélo, et en un instant, voilà que le véhicule parvenait à rouler tout seul sur les escaliers de l'hôpital ! Alors que Florent s'en allait à l'intérieur du bâtiment, le gugusse lui cria son slogan au loin. “Vous voyez ! Essayer le DisrupVTT™, c'est l'adopter !”

Un VTT Particulier

En tant que magicien, Florent avait des facilités pour pouvoir faire les choses qu'il voulait, sans ça, il n'aurait pas pu manier son vélo banal au sein des couloirs de l'hôpital. Il avait croisé le lapin coincé dans son chapeau, qui avait été déposé dans le couloir de sortie. Il voulait bel et bien sortir d'ici, mais il ne pouvait pas, vu qu'il était coincé dans un chapeau. Fort heureusement, Florent avait pu le recueillir. Les deux compères parvinrent à sortir de l'hôpital, le gugusse au costume était toujours là. “Vous voyez ! Essayer le DisrupVTT™, c'est l'adopter !” “Oui, j'avais compris la première fois.” “Ah j'étais pas sûr que vous aviez entendu, on a brainstormé pendant des heures pour trouver ce slogan, ce serait dommage de le jeter.” “Dites, j'ai eu une idée, des ambassadeurs pour votre vélo comme moi, il y en a combien ?” “Oh, une bonne cinquantaine je dirais, beaucoup de pauvres hères qui ont été classés dans l'intercalaire rouge à la fête de l'emploi, jugés irresponsables par ce vieux monde. Mais fort heureusement, tout cela est derrière eux, car ils font désormais partie de la grande communauté DisrupVTT™ !” “Est-ce que je pourrais les joindre ?” “Oh ! Mais tout à fait ! La communauté DisrupVTT™ deviendra ainsi une grande famille ! Je vous transmets immédiatement les données personnelles de tous les Disrupvététeurs !” “... et ce mot il est pas déposé ?” “Non, je fais encore des essais pour le nom de la commu.”

Le lendemain, Florent et le lapin avaient réuni tous les ambassadeurs dans une salle des fêtes. Florent s’apprêtait à prendre la parole pour expliquer sa démarche. “Hmm hmm ... bonjour tout le monde, je suis Florent la Banane-Magicienne, et voici un lapin coincé dans un chapeau. Comme vous, j'ai été recueilli par ce type bizarre qui vend des vélos pour faire sa promotion. Et j'aurais voulu vous demander une chose ... est-ce que vous avez envie de faire ça ?” Silence dans la salle. “C'est bien ce que je pensais ! Mis sous pression à la fête de l'emploi, nous avons été poussés à accepter les propositions les plus grotesques pour être considérés par nos pairs, car autrement, nous étions considérés comme irresponsables, irresponsables car nous ne voulions pas de ces propositions grotesques. Mais je vous ai réuni ici aujourd'hui pour vous faire une offre.” Des chuchotements se faisaient entendre dans la salle. “Le lapin coincé dans un chapeau et moi avons trouvé une vieille carte au trésor nous menant vers une relique inestimable ! Seulement, cette relique est cachée dans des contrées lointaines, très lointaines. Nous avons besoin d'équipement, d'expertise, d'une équipe, de talents, de vous !” Les chuchotements se faisaient insistants. “Je vous propose aujourd'hui une autre issue que de faire office de pancarte publicitaire pour un vendeur de vélos, je vous propose un voyage, un périple dans lequel vous pourrez mettre vos talents individuels à contribution, une aventure loin de la fête de l'emploi, une occasion pour vous d'échapper à cette pression !” Les réactions étaient mitigées, cela allait de petits ouais à des bofs plus ou moins prononcés. “Bon après si vous voulez pas, je force pas, vous pouvez vous diriger vers le petit buffet à sandwichs qu'on a préparé pour y réfléchir, et si cette offre vous convient, placez-vous dans la file d'attente à l'autre bout de la salle pour qu'on en parle chacun individuellement.”

La session sandwichs passée, tout le monde était resté dans la file d'attente, l'optique d'échapper à la fête de l'emploi était une motivation bien suffisante.

Une Offre pour Irresponsables

Au vu du nombre de personnes souhaitant prendre part à l'expédition, Florent et le lapin décidèrent de diviser la file d'attente en deux parties, afin de discuter chacun de leur côté avec la moitié des participants. L'après-midi fut long, et bon nombre de volontaires furent choisis pour prendre part à l'épopée. Parmi eux, un yéti qui avait pu s'entretenir avec Florent. “Bonjour, je suis un yéti !” “Bonjour, Florent la Banane-Magicienne, enchanté, vous pouvez vous présenter.” “Et bien je suis un yéti !” “... oui si vous le dites.” “J'habite dans la montagne pas loin d'ici, je me suis dit que c'était logique vu que je suis un yéti !” “Certes ... par curiosité, pourquoi vous vous êtes retrouvé dans l'intercalaire rouge ?” “Déjà parce que je suis un yéti, donc par défaut on estime que je fais peur aux gens, et ensuite parce que j'habite dans la montagne. Y'a pas beaucoup d'opportunités d'exercer des emplois utiles en montagne. Alors on m'a dit que c'était ma faute si j'avais pas d'emploi et on m'a mis dans les intercalaires rouges.” “Vous avez pas eu plus de chance en ville ?” “Non, y'a pas d'emploi pour quelqu'un qui habite trop loin de tout comme moi, parce que je mets trop de temps à venir. On m'a dit de déménager mais je peux pas, si je reste trop longtemps à altitude trop basse, je meurs de chaud et je m'évanouis, même mes trépieds ont leurs limites.” “Oui tiens j'allais y venir, pourquoi vous avez scotché des trépieds autour de vos jambes et de vos bras ?” “Ah ça c'est une petite astuce ! Vous voyez, dans la montagne on doit souvent jouer avec un relief capricieux, et c'est pas facile pour avoir une bonne vue sur l'horizon. Si vous avez un rocher qui vous bloque la vue, bah paf, vous pouvez pas voir ce qu'il y a derrière le rocher. Alors je me suis demandé si je pouvais pas me surélever pour contourner le problème, et c'est pour ça que j'ai attaché des trépieds à mes pieds. Si je veux me surélever, hop, j'ai juste à tourner les vis et je peux gagner quelques centimètres ou même plusieurs mètres !” “Et c'est quoi le rapport avec le fait de mourir de chaud quand vous êtes pas chez vous ?” “Bah je peux vraiment les surélever de beaucoup de mètres, donc si je suis à altitude trop basse, bah je peux tourner les vis très longtemps pour prendre plusieurs centaines de mètres et retrouver un peu de frais. Par contre plus je suis haut, plus j'ai du mal à marcher, c'est que c'est pas simple de garder l'équilibre sur ces machins.” “D'accord, et pourquoi vous avez des trépieds aux mains ?” “Ça c'est justement pour résoudre le problème que je rencontre quand je suis trop haut : mes bras sont pas extensibles, donc pour tourner les vis même de très haut, j'ai aussi attaché des trépieds à mes bras pour tourner les vis des trépieds attachés à mes pieds. Bon par contre plus je tourne les vis des trépieds de mes pieds, plus je dois tourner les vis des trépieds de mes mains aussi du coup pour compenser, et rebelote quand faut redescendre.” “Bon bien admettons. C'est tout de même intéressant votre dispositif, on va devoir passer par une très grande montagne assez loin d'ici, donc votre expertise de ce type de terrain va certainement vous permettre de vous joindre à nous !” “Et bien merci beaucoup, j'en pouvais plus de faire de la pub pour des vélos. En plus avec mes trépieds, je tombe systématiquement de ce truc. Je suis un yéti, vous avez déjà vu un yéti sur un vélo ? Non. Bah vous comprenez pourquoi maintenant. Bon sur ce vous m'excuserez, mais je dois prendre de la hauteur sur la situation.” Sur ces mots, le yéti passa les trois heures suivantes à se surélever de trois cents mètres.

Le Yéti sur Trépieds

Dans la file d'attente gérée par le lapin coincé dans un chapeau, le candidat le plus marquant fut certainement ce grille-pain bien bavard. “Bonjour, je suis Denis le Grille-Pain !” “Bonjour, je suis un lapin coincé dans un chapeau, enchanté, qu'est-ce que vous faites de beau ?” “Je suis boulanger ! C'était plutôt pratique comme poste pour un grille-pain !” “Ah oui je vois, très bien, on aura besoin de gens qui savent cuisiner, c'est super. Mais du coup, pourquoi vous vous êtes retrouvé dans l'intercalaire rouge ?” “Et bien c'est parce que j'en suis venu aux mains avec la personne en charge de mon dossier.” “Comment ça ?” “Et bien c'était un jour assez tranquille à la boulangerie. Soudain y'a un gugusse qui rentre, et il me dit qu'il voudrait du pain de mie. Alors je lui présente la fournée du matin, et je lui propose un beau pain-demi. Et là il me dit qu'il voulait du pain de mie et pas du pain-demi, du coup je comprends pas vu que je lui ai bien donné un pain-demi, alors je lui donne un autre pain-demi de mon stock, mais là il me dit toujours qu'il veut du pain de mie. Alors là je lui propose de me montrer sur mon étal quel pain-demi il veut pour qu'on s'en sorte, et là il me sort qu'il voit pas de pain de mie, mais c'est pas possible vu que je lui en ai montré deux. J'essaie de garder mon calme et je lui demande ce qu'il veut faire avec son pain-demi, dès fois que je puisse lui faire des suggestions de menus. En fait il voulait griller du pain, et donc il cherchait du pain sans croûte pour que ce soit plus pratique, donc il a réclamé du pain de mie. Là je comprends encore moins parce que dans le pain-demi, il y a de la croûte, dans tous les pains en général même, c'est le principe de la cuisson, grillé ou non. Mais il me sort qu'au supermarché, il a vu du pain de mie sans croûte, alors il s'est dit qu'en boulangerie, il trouverait aussi du pain de mie mais fait maison du coup. Je comprends encore moins ce qu'il raconte, je commence à m'énerver et je lui dit de prendre mon pain-demi et qu'il enlèverait la croûte après. Mais non il voulait pas, il voulait son pain de mie. Alors je lui ai proposé mes autres pains, je lui ai présenté un pain complet plutôt qu'un pain-demi, et il m'a dit qu'il préférait encore manger du pain-demi que du pain complet, soi-disant qu'il se grille mieux. Toujours pour trouver une issue, je lui demande comment il compte le griller, et il me dit qu'il a un grille-pain, mais je suis bien placé pour savoir que ça fait mal de griller du pain dans un grille-pain vu que je suis moi-même un grille-pain. Alors je lui suggère de plutôt mettre du pain sur un gril, mais il me dit qu'il a qu'un grille-pain et pas de gril. C'est ballot quand même, et là il me demande même si je peux pas lui griller son pain à sa place pour voir si ça change quelque chose, mais je venais de lui dire que ça me faisait mal en tant que grille-pain de griller son pain. À la limite j'aurais accepté de griller du pain plus mou, comme du pain de mie, mais du pain-demi non. Lui aussi a commencé à se fâcher, et il m'a dit 'Je vais vous mettre un pain, Denis !', là je réponds 'Comment vous connaissez mon nom ? Vous me parlez pas comme ça !'. Bon sang j'étais tout rouge à ce moment, et c'est une expression vu que j'ai un revêtement gris, je suis pas un grille-pain rouge. Et là il me sort que je suis un grille-pain gris qui grille pas de pain-demi sauf du pain de mie et que c'est complètement stupide, et là c'est moi qui lui ai mis un pain ... et le lendemain j'étais convoqué à la fête de l'emploi pour rencontrer la personne en charge de mon dossier, et c'était lui. Dans la nuit j'avais compris qu'il voulait du pain de mie et pas du pain-demi mais c'était trop tard, j'étais dans l'intercalaire rouge même en ayant un emploi. Mais c'est sa faute aussi, pourquoi on s'est fâchés pour du pain de mie alors qu'on aurait pu s'en sortir avec du pain-demi, ça se grille aussi du pain-demi, mais pas dans un grille-pain. Vous comprenez mon point de vue, non ?” “... ouais. Vous êtes pris.” “Merci beaucoup, vous ne le regretterez pas, je vous ferai mon meilleur pain-demi tout au long du voyage.” “Oh moi vous savez je mange pas de pain.” Sur ces mots, le lapin avec un chapeau prit du paracétamol.

Le Demi-Grille-Pain