Georges la Saucisse

J'ai écrit cinq contes !

Après être parvenu à se détacher on ne sait trop comment, Maxime s'extirpa du Lit qui fait du Bruit et quitta la pièce avant de devenir fou à cause des grincements. Il ferma la porte pile avant qu'un tremblement de terre ne se produise et déclenche un épouvantable grincement de lit, grincement capable de liquéfier n'importe quel corps organique. Cela donne un résultat sommes toutes cochonnant.

Le Serpent ne savait pas dans quel bâtiment il se situait, mais il entendait des jacassements et des gloussements à l'une des extrémités du couloir dans lequel il se trouvait. Il décida donc de se diriger à l'autre extrémité ... mais le couloir pivotait. La route restait droite, mais la pente se faisait forte, au point que l'extrémité du couloir qu'avait choisi de rejoindre Maxime devenait de plus en plus difficile d'accès. L'angle par rapport au sens de la gravité finit par être droit, et le couloir était donc désormais disposé verticalement. Le Serpent constatant que l'angle du couloir avait donc fait une rotation de 90°, il décida de pousser un cri et de tomber. “Aaaaaah.”

Arrivé à l'autre extrémité du couloir, celle qu'il n'avait pas choisi de rejoindre, il s'arrêta de tomber pour observer la pièce dans laquelle il était entré. Une réception mondaine s'y tenait, avec des bougies, des petits fours, des robes, des costumes cravatés, des bijoux, et donc des jacassements et des gloussements. Et comme pour le couloir précédent, la pièce était pivotée à la verticale. Les invités parvenaient néanmoins à rester debout au sol dans son sens de base, là encore, on ne sait trop comment. Maxime osa une question à l'une des personnes présentes, une espèce d'évier habillé avec un chouette costume. “Bonjour excusez-moi, mais je comprends rien à ce qu'il se passe.” L'évier costumé répondit, mais après avoir marqué un temps d'attente de sept secondes pour signifier son mépris. “Peuh ! Que faites-vous dans notre Moulin des Fêtes ?” “Le Moulin des Fêtes ?” L'évier marqua à nouveau un temps. “Peuh ! Vous avez peut-être remarqué que les pièces du bâtiment pivotent, non ? Nous sommes dans un Moulin, et ici, vous êtes à la réception d'anniversaire de Jean-Michel Mondanités !” “Oh non, encore un personnage à connaître, c'est fatiguant comme histoire.” L'évier marqua encore un temps. Notons que depuis le début de la conversation, la pièce avait encore pivoté de 90°, et que Maxime était désormais tête à l'envers par rapport au sol, mais toujours en suspension en l'air après la cessation de sa chute. En ce sens, nous pouvons approuver Maxime quant au fait de dire que cette histoire commence à être fatigante. “Peuh ! Vous n'avez de toutes façons pas l'air d'être un invité. Le cirque c'est à l'autre bout du couloir, vous y serez plus dans votre élément, avec les autres trucs-là, ... les normaux.” “Un cirque vous dites ? De Francis Château ?” Encore un temps marqué par l'évier. “Peuh ! On aurait pu penser qu'il aurait pu rester dans la banlieue, dehors, mais non, il a ouvert un deuxième cirque depuis quelques mois, dans NOTRE moulin, alors qu'il n'est même pas de chez nous.”

Maxime en avait marre d'écouter l'évier, et profita du fait que la pièce avait encore pivoté de 90° pour tomber dans le sens inverse de tout à l'heure, et donc rejoindre l'autre extrémité du couloir, celle où il pourrait trouver Francis Château ... et enfin se préparer au combat final.

Moulin Mondain

Arrivé au cirque délocalisé, Atterrir, la seule chose que Maxime voulait, Ardu cela était dans le pivotant moulin, Attendre il devrait et cela sans fin.

Apostrophé par Francis à son arrivée, Accroché à un câble il était, Autour des gradins du cirque pivoté, Approprié cela était pour se déplacer.

Avion, c'est l'objet auquel il pensait, Avant tout quand il se retrouvait à planer, Après sa chute dans le couloir vertical, Accueilli était Maxime de manière peu banale.

Accrobranche, voilà un sport peu commun, Ainsi allait se dérouler leur combat, Attention, il fallait faire ici-bas, Auquel cas, cela ne se terminerait pas bien.

Acrostiches, voilà un format peu commun, Ainsi allait se dérouler leur guerre, A, lettre choisie pour lier les vers, Atroce fut l'écriture de ce chapitre proche de la fin.

Attaché toujours Francis était, Armé d'un fusil capable de tirer des seringues, Au contenu inconnu étaient-elles chargées, À trop en spéculer, on en deviendrait dingue.

Armé n'était pas Maxime, ne sachant que faire, Article il n'avait pas lu concernant ce sport, Accrobranche, une discipline où il faudra être fort, Absence de précautions, et il plongerait dans les conifères.

Armé certes Francis était, même fort bien, Anxieux il restait, car ne sachant viser, Arc, il aurait dû en choisir le tir option sport au lycée, Arc, il choisit Jeanne, il voulait être historien.

Acrobate Maxime n'avait jamais été, Alors de câble en câble il se déplaçait, Aisance, il en beaucoup manquait, Absolument, c'était l'évidence pour celui qui l'observait.

Arrivé à dix minutes de combat, À court de munitions Francis se retrouva, Abattu par l'effort de ses déplacements, Maxime était las. Accroché à un câble, une idée l'esprit lui traversa.

Avec lui, il restait une boîte à pesto, Attachée à son fer, sa poignée n'était plus, Air, il n'y avait que cela dans sa besace sans chapeau, Ajouter le pesto dans cette besace, sa décision ce fut.

Ambiante était la température du fer, Absorbant l'essence du basilic, il dégageait une horrible odeur, Alors Maxime s'élança vers son adversaire, Aplatit son visage avec le fer, l'écrasant au sol avec ardeur.

Attention, Francis ne respirait plus, À une épaisseur de l'ordre du millimètre était réduit son visage, Appliquée était la chirurgie de vigueur sur l'athlète déchu, Après des heures d'attente sans réaction, admis était le ratage.

Ainsi s'achevait le combat entre le Serpent et le forain, Admit le Serpent par la suite que c'était quand même bien bourrin, Accrobranche, un sport qu'il n'eut par la suite plus jamais pratiqué, Acrostiches, un format qui pour suivre un récit est tout de même bien compliqué.

Acrostiches en Accrobranche

Une semaine s'était écoulée depuis la disparition de Francis Château. Le Funambule avait pris sa relève à la direction du Cirque, et organisa sa dissolution afin de rendre leur liberté à la Pyramide de Chameaux et aux Saltimbanques, avant de lui-même prendre congé et de faire le tour du monde en marchant sur un fil situé à plusieurs dizaines de mètres de haut. Enfin libres de ne plus exécuter leurs numéros ridicules, les Saltimbanques décidèrent de devenir maçons-coffreurs afin de rentabiliser leur maîtrise du domaine de la brique dans un secteur en pleine croissance. Du moins, c'est ce que leur avait dit leur conseiller à l'emploi. Le Chameau situé au-dessus des deux autres avait enfin pu descendre et ainsi mettre fin au numéro de la Pyramide de Chameaux, chacun put partir de son côté, à l'exception du seul Chameau qui parlait depuis le début de cette histoire, qui prenait en ce moment un café dans les tables basses de Hertzenfoulchenheim avec Maxime le Serpent Fer à Repasser.

“Voilà, mes deux collègues ont quitté la région, et je sais pas où ils sont passés.” “Moi j'aurais bien aimé retrouver les deux Toutes Petites Pantoufles que j'ai blessé, pour m'excuser de les avoir ignoré, mais je sais pas où elles sont passées non plus. Je voulais leur offrir des yaourts en plus.” “Elles cherchent peut-être leurs amies de la Ribambelle.” “Bof, elles ont quand même disparu depuis un bon bout de temps, ça doit bien faire un an, j'ai pas compté le nombre de jours depuis la fois où la première pantoufle est venue chez moi. En plus, paraît qu'elles ont appris à se débrouiller sans, ou je sais pas, j'ai rien compris à cette histoire de tracas agréable.” “Vous pensez que la Ribambelle de Pantoufles pourrait être quelque part dans ces tables basses ?” “On parle de nous ?”

Surpris, Maxime et le Chameau se retournèrent brusquement. Des dizaines de pantoufles étaient subitement apparues près d'eux. Mais les deux pantoufles déjà connues du Serpent n'étaient pas parmi elles. “Vous ... êtes la Ribambelle de Pantoufles ?” s'interloqua Maxime. “Bah oui pourquoi ?” répondit l'une d'entre elles. “Ça fait un an qu'on vous cherche. Pas toujours activement j'en conviens mais tout de même.” “Bah on était dans la forêt d'à côté, en train de cueillir des champignons.” “Vous avez cueilli des champignons pendant un an ?” “Vous êtes qui pour juger ?” “Maxime le Serpent Fer à Repasser, j'ai croisé deux de vos collègues ces derniers temps.” “Ah, lesquelles ?” “Oh j'en sais rien, je connais pas leurs noms.” “Parce que pendant la cueillette, on a perdu plusieurs pantoufles. Certaines ont été mangées par des loups, et pour d'autres bah on sait pas.” “Bah les deux que je connais semblaient pas trop au courant de la cueillette de champignons que vous organisiez.” “Aaah, je vois, ça doit être les deux-là qui ont loupé la réunion quand on a décidé de cette sortie.” “Bon bah elles vous croient mortes du coup.” “En partie oui, on en a perdu une bonne vingtaine dans la forêt. C'était un peu dangereux comme séminaire, j'en conviens.” “C'est triste ... bon sinon, vous ça va ?” “Bof, on vient de se farcir une semaine de balade dans des tables basses, et ça pue le pistou partout, alors on a vu mieux.” “Ah mais vous dites pistou vous aussi ? Moi j'ai arrêté d'utiliser ce terme quand j'ai vu que tout le monde disait pesto.” “Ah bah non, utilisez le mot que vous voulez, c'est dommage de se limiter.” “Ah, bon bah si vous le dites.”

Et cette dernière phrase sera la morale de l'histoire de Maxime le Serpent Fer à Repasser et la Ribambelle de Pantoufles.

La Ribambelle de Pantoufles

Il était une fois, dans un pays fort lointain, il y a fort longtemps, sous une neige fort fraîche, était né un citron. Ses parents ne pouvaient s'accorder sur le prénom à lui accorder. L'une voulait l'appeler Théo, en référence au célèbre scientifique du même nom, ayant découvert le vaccin contre les sourcils froncés. L'autre voulait l'appeler Gandalf, en référence au célèbre chanteur du même nom, ayant découvert la note Mi et le septuple-temps. Alors la poire en deux fut coupée, Théo-Gandalf le Citron était né.

Ce double-prénom ne fut pas sans difficulté à porter pour Théo-Gandalf. Le chanteur était universellement connu des personnes ayant été des enfants trente ans avant la naissance du citron. Dès lors, ses chansons étaient considérées comme “ringardes” entre guillemets par les personnes étant des enfants en même temps que le citron. Au long de quinze années, pas un jour n'est passé sans qu'une chanson du chanteur ne soit au mieux fredonnée, au pire hurlée, en la présence de Théo-Gandalf. Tant et si bien qu'il finit par haïr ce chanteur, au répertoire qu'il avait trop supporté.

Les quinze années passèrent, parmi ses camarades, presque toutes et tous en maturité gagnèrent, et le citron n'eut plus à subir ces jérémiades journalières. Mais il était trop tard. Lassé de ces incessantes simagrées, Théo-Gandalf avait entamé des études scientifiques en hommage à son autre prénom, qui ne bénéficiait hélas d'autant de popularité. Et ce fut un excellent choix, car il obtint trois doctorats, l'un d'entre eux suite à sa découverte de l'atome numéro 633, octuplement radioactif, que l'on retrouva parfois dans les climatiseurs victimes de défauts d'étanchéité. Quel honneur.

Le temps passa, et Théo-Gandalf à nouveau le répertoire du chanteur apprécia. Certains jours, il se surprenait même à le chanter, comme aujourd'hui, chez lui, quand son lave-vaisselle il vidait. Écoutons. “Je maaange des clouuus, des viiis, du mouuu, des clouuuuus. Et quand bien même je mange des clouuus, je ne suis pas toujours tout douuux. Et quand bien mêêêêême, je mange des clous. Des clouuus, ouh-ouh-ouh-ouuuh-ouh-ouuuh-ouh-ouuuuuh, des clouuus, des clouuus, ouh-ouh-ouh-ouuuh-ouh-ouuuh-ouh-ouuuuuh, des clouuus.” Gandalf le Chanteur n'avait effectivement pas toujours chanté des chansons intelligibles. Mais il en fallait plus pour faire faillir la foi de Théo-Gandalf. Non seulement il appréciait cet artiste, mais il disposait également de l'ensemble de sa discographie au format CD. Quelle dévotion.

Mais alors qu'il achevait de ranger ses couverts, le citron fut surpris par un cri. “RRAaAaAaAaRRGRGRG !!!” Ça venait de l'extérieur, et ça n'avait rien d'agréablement audible. Il pencha sa tête de citron par la fenêtre, car oui ! Les citrons ont une tête. Il pencha sa tête, et vit l'origine du cri, une orange, gisant au sol, dont l'écorce avait été déchiquetée. “Sapristi, c'est un massacre !” s'exclama Théo-Gandalf. “RRAaAaAaAaRRGRGRG !!!” continuait de hurler l'orange. “C'est un massacre pour mes tympans !” Sur cette constatation, Théo-Gandalf ferma la fenêtre pour être tranquille.

Théo-Gandalf le Citron

Une journée était passée, mais l'orange continuait de hurler sans discontinuer, au point de faire tant de bruit, que son cri transperçait les murs du logis de Théo-Gandalf. “AaaAaaaAAAAaaAAAaaAAa.” Le cri avait pris de nouvelles tonalités, signe que les cordes vocales étaient attaquées. Le citron s'arma alors de courage et prit la décision ... d'aller en ville pour acheter des rideaux pour filtrer le bruit.

Hertzenfoulchenheim était une ville en reconstruction. L'an dernier, ses rues, ses boulevards et ses habitations, avaient été submergés par un tsunami de tables basses. Une quantité astronomique de ce type de meuble avait noyé la ville et ses alentours, et un nombre innombrable de victimes marquées de la catastrophe pour toujours. Le nettoyage de ces tables n'avait pourtant débuté que depuis quelques jours ouvrables. Certaines allées étaient encore impraticables, mais les artères principales étaient dégagées, et la circulation y était agréable. Bon nombre d'enseignes furent également détruites par ce raz-de-marrée. Une nouvelle ère avait alors débuté, pour bon nombre de commerçants souhaitant démarrer leur activité. Il fallait reconstruire, reprendre le terrain, et relancer l'économie en déclin. En gros fallait profiter de la situation.

L'un de ces nouveaux commerçants était Rideau Dépôt, où se rendait Théo-Gandalf avec sa voiture car oui ! Les citrons peuvent passer le permis de conduire. Il gara sa voiture sur le parking, entra dans l'enseigne, et fit connaissance avec le vendeur.

“Bonjour, je suis Rideau Dépôt la Sauterelle !” dit Rideau Dépôt la Sauterelle, qui portait ce prénom pour de vrai. “Bonjour, je suis Théo-Gandalf le Citron, je viens acheter des rideaux !” dit Théo-Gandalf tout en espérant ne pas être entré chez le pâtissier. “Aaaah, ça tombe bien, je vends des rideaux ! C'est écrit sur le panneau à l'entrée, c'est pratique !” “Ce serait pour des rideaux qui filtrent le bruit, j'ai un nouveau voisin qui crie beaucoup.” “Et bien et bien je peux vous proposer ce rideau en plomb, dont l'épaisseur peut rendre inaudible un moteur d'avion !” “Ah non, pas du plomb, c'est cancérigène.” “Alors ... un rideau en briques !” “C'est un peu lourd à transporter.” “Un rideau en plumes de canard !” “Pourquoi vous avez massacré un canard ?” “Un rideau en poils de lion !” “Même question, mais avec le lion à la place du canard.” “Un rideau en écailles de carpe !” “Bon là ça va, ça coûte combien ?” “1499 le mètre carré !” “Houououuouh, c'est un peu cher. Vous avez pas à moins de 49 ?” “Et bien sinon, là j'ai une ramette de feuilles de papier, là. C'est du A4. Vous prenez une agrafeuse, et vous agrafez les feuilles entre elles, ça vous fera un rideau à moins de 49.” “Marché conclu.”

Théo-Gandalf acheta la ramette de feuilles et une agrafeuse, puis rentra chez lui. Il passa l'après-midi à confectionner son nouveau rideau, et il en était au final très fier ! L'orange hurla à nouveau ... “AaaAaAaAAaAAaaaA.” Et le rideau laissait complètement passer le bruit. Cet achat n'a servi à rien.

Le Rideau en Feuilles

Le lendemain matin, Théo-Gandalf s'éveilla avec stupeur. Les cris de l'orange étaient si stridents que toutes les agrafes du rideau de feuilles étaient tombées au sol, entraînant ainsi la décomposition de cet ouvrage. L'orange hurlait toujours, mais je commence à être fatigué de reproduire les cris alors je vais pas vous faire un nouvel extrait. Désemparé, le citron se rendit au marché, dans l'espoir de trouver une quelconque solution pour faire cesser ces cris.

Le marché d'Hertzenfoulchenheim avait été délocalisé dans le village voisin suite à la catastrophe des tables basses. Malgré le désastre, celui-ci n'avait jamais désempli. Dizaines de dizaines d'hurleurs itinérants tentaient de soutirer quelques menues piécettes aux passants, dans une immense cacophonie dans laquelle on percevait néanmoins quelques extraits de monologues : “... luminaires ! Luminaires écologiques ! Réduisez l'empreinte carbone de votre maison ! 50 watts ! 60 watts ! Pour 100 watts achetés, les 10 suivants sont offerts ! Demandez les wa ...” “Booonjouuur jeee meee préééseeenteee ààà laaa maaairiiieee voooteeez pouuur moiii jeee suuupriiimeeeraiii leees cooonsooonneees viiiveee leees voooyeeelleees !” “Je suis auteur sur Internet ! Achetez ma bande dessinée sur Lulu.com ! 116 pages de rigolade ! Des heures d'aventures palpitantes ! Profitez de la gratuité des frais de port avec le code ONESHIP ! N'attendez plus, achetez ma bande dessinée !”

Mais l'attention de Théo-Gandalf finit par se porter sur le stand d'un crocodile. Du moins, c'est plutôt le crocodile qui l'alpagua. “Salutations, humble citron, cronch cronch ! Vous semblez perturbé, que puis-je faire pour vous aider, cronch cronch ?” “Euh bonjour, vous vendez quoi ?” “Un peu de tout, un peu de rien, puis des trucs au milieu, ça dépend de ce que vous voulez, cronch cronch.” “Mais vous avez un stand vide, je sais pas en quoi vous pouvez m'aider.” “Le vide n'est qu'une illusion, exposez votre problème, je trouve une solution.” “Et bien, j'ai un rideau composé de feuilles A4 à la maison, il a cassé pendant la nuit, toutes les agrafes sont tombées et puis “Voici des aiguilles, cronch cronch.” coupa le crocodile en tendant une boîte d'aiguilles. “Vous en attachez une à chaque agrafe, et ça va les renforcer, elles tomberont plus, cronch cronch. C'est du triple calibre, ça vient d'un braconnier qui voulait me changer directement en sac à main sans intermédiaire. Je les ai arrachées moi-même de ma peau, cronch cronch.” “Euuuh, et bien merci, je vous dois combien ?” “Laissez, vous m'êtes sympathique, je viens les installer chez vous gratuitement.” “Mais je vous ai pas invité chez moi.”

Mais le crocodile était déjà arrivé à la maison de Théo-Gandalf. Il marchait très vite, à l'inverse du citron qui mit plusieurs dizaines de minutes à rentrer chez lui. Il n'avait pas pris sa voiture, parce que je sais pas si vous avez déjà essayé de manœuvrer une voiture un jour de marché mais c'est la croix et la bannière, hein. En revenant chez lui, le citron découvra le crocodile ayant terminé de renforcer son rideau de feuilles avec les aiguilles. “Voilà, un rideau renforcé, c'est un ouvrage de qualité, cronch cronch.” “Bon bah merci, vu vous que vous êtes là, vous voulez pas prendre un café ?” “NON ! Cronch cronch. Jamais de café. Par contre, si je peux être indiscret, pourquoi avez-vous acheté un rideau comme ça, cronch cronch ?” C'est à ce moment que l'orange choisit d'à nouveau pousser un hurlement, un hurlement si aigu que toutes les aiguilles s'arrachèrent du rideau pour se ficher dans la peau du crocodile. Ce dernier ne put s'empêcher d'échapper un cri de douleur :

“Ouille.”

Les Aiguilles du Crocodile

“Ouille, cronch cronch, ... ouille, cronch cronch, ... ouille, cronch cronch, ...” Voilà deux heures que le crocodile arrachait les aiguilles fichées dans son corps, non sans réagir à chaque arrachage. Cela avait agacé Théo-Gandalf en moins de deux minutes, il avait alors quitté son domicile, mais le voici désormais revenu, en compagnie d'un drôle d'appareillage, ainsi que d'une cloche à fromage, sous laquelle était enfermée une drosophile audiphage.

“Drosophaquoi, cronch cronch ouille ?” “Une drosophile audiphage, c'est le terme scientifique pour 'mouche qui mange le silence'.” “Aah, mais vous inventez des mots aussi, ouille cronch cronch.” “Ce ne sont pas des mots inventés, cette espèce est connue sous ce nom depuis 1957, et il y a un consensus scientifique autour.” “Aah, mais vous utilisez des mots de scientifique aussi, ouille cronch cronch. Les scientifiques, faut toujours qu'ils dégueulassent quelque chose parce qu'ils ont pas de coeur, cronch ouille cronch.” “J'ai trois doctorats s'il vous plaît.” “Aah, mais vous dites pas tout aussi, ouillecronch.” “Mais vous avez pas encore fini avec vos aiguilles ?” “J'ai fait que le bras gauche. Votre rideau était très grand, ouille cronch ouille.” “Bon allez poussez-vous, j'ai à faire.” “Ouille, c'est pour votre mouche qui cronch cronch le bruit ?” “Elle mange le silence, et elle va nous être bien utile pour notre problème d'orange qui hurle.” “Bah elle devrait pas plutôt manger le bruit votre bestiouille, cronch cronch ?” “Non, en mangeant le silence, elle crée un bruit sourd. Et il se trouve que j'ai également amené de quoi fabriquer un réacteur thermodynamique pour booster ses capacités. En fait, je vais faire grimper la température de la pièce à 5000 degrés, ce qui va déformer la cage digestive de la drosophile et lui permettre d'engloutir jusqu'à 300 fois son poids. Son repas va créer un bruit sourd insupportable, mais qui va générer une poche d'air aspirant tous les bruits à 15 kilomètres à la ronde pour les reprojeter sous la forme d'une onde sphérique et empêcher tout bruit d'être émis dans cette sphère pour les six prochains jours.” “C'est pas un peu beaucoup pour une orange qui hurle, cronch cronch ouille ?” “Bah j'ai pas trouvé de solution plus simple à mettre en place.” “Vous pourriez aussi vous comporter comme une personne décente et aller au chevet de cette orange pour voir pourquoi elle hurle et peut-être résoudre son problème en la soulageant.” “Vous dites plus cronch ouille ?” “Non, parce que c'est un moment solennel.” “Bon, si vous le dites, ...”

Mais Théo-Gandalf continuait comme si de rien n'était, et fabriquait son réacteur, toujours sous les ouille-cronch-cronch du crocodile. “Ah, mais vous voulez vrouillement pas aller voir ce qu'elle a, cronch cronch ?” “Non, c'est pas tous les jours qu'on a l'occasion d'annihiler tous les sons autour de soi pendant une semaine avec une expérience scientifique.” “Vous êtes un monstre, cronch cronch.” “Vous avez dit cronch cronch, c'est que vous étiez pas solennel.” Sur cette phrase, Théo-Gandalf brancha la prise de son réacteur sur secteur. Comme prévu dans la description du citron, la drosophile audiphage engloutit tout silence à une vitesse phénoménale, avant de restituer son bruit sourd infernal, qui à tout autre bruit donnerait coup fatal.

“PWOUM”

La Mouche Thermodynamique

Huit jours étaient passés, le bruit put enfin à nouveau s'exprimer autour du logis de Théo-Gandalf. L'étouffement des sonorités avait duré plus longtemps qu'espéré, et autour de cette expérience, le citron pourrait rédiger un fabuleux papier publié dans une revue scientifique de grande renommée ... mais l'orange hurlait toujours. Le crocodile était toujours présent également, et s'empressa de donner son opinion à Théo-Gandalf.

“Bon ça suffit maintenant, allez voir ce que fait cette orange, groar groar !” “Groar, c'est quand vous êtes fâché ?” “Exactement ! Si vous n'allez pas voir ce fruit, je vous plante une par une les 1347 aiguilles que j'ai retiré de mon corps depuis la semaine dernière, et je vous fais bouffer votre ramette de papier, groar groar !” “Bon, j'ai compris. Vous énervez pas, j'y vais.”

Le citron passa la porte de son logis, et s'approcha de l'orange qui ne cessait de pousser des cris. “Ah bah enfin quelqu'un ! Merci bon sang !” hurla l'orange en voyant le scientifique arriver. “Bonjour, vous pourriez vous taire, s'il vous plaît ?” répondit amicalement le citron. “Mais je suis en train d'agoniser depuis la semaine dernière, j'ai comprimé toutes mes plaies, mais je peux plus bouger sans que ça pète, donc j'étais obligée de hurler dans l'espoir que quelqu'un viendrait. Mais vous êtes pas pressés dans ce quartier.” “En même temps, j'ai fait fuir tous mes voisins l'année dernière, quand j'ai inventé mon aspirateur quantique. Il marchait très bien, sauf qu'il ouvrait des trous noirs dans toute la rue. Donc les gens ont craint pour leur vie.” “Ah super, un savant fou, j'ai bien fait d'être grièvement blessée dans cette rue, moi !” “J'ai trois doctorats s'il vous plaît.” “Excusez-moi de vous le dire, mais vous êtes pas très efficace comme docteur.” “Le doctorat ça veut dire que j'ai fait huit ans d'études, pas que je sais soigner les conjonctivites.” “Mais vous avez vu mon état ? Vous croyez que c'est un nez qui coule ?” “C'est vrai que vous êtes pas aidée. Il vous manque quasiment toute l'écorce en fait. Vous vous êtes fait ça comment ?” “Et bien, j'avais envie de m'initier au jardinage. Et je suis tombée sur ce prospectus du jardinier de l'extrême qui est posé dans toutes les épiceries. Alors j'ai appelé le type, il est venu tout de suite. Il m'a un peu raconté ce qu'il faisait, que c'était comme du jardinage normal, sauf que c'était sponsorisé par une marque de soda, que l'idée c'était d'ajouter une dose de spectacle, ... alors j'ai suivi son premier cours. C'est un cours qui consistait à lancer les outils en l'air et de les actionner pendant leur chute de manière à tailler les buissons au vol.” “Vous avez des délires bizarres quand même.” “Et puis au bout de cinq minutes, un sécateur est retombé sur moi, et m'a taillé une grande bande d'écorce. Puis un deuxième sécateur a fait pareil, puis un troisième, ...” “Mais vous ratiez vos lancers ?” “Non, c'est ce jardinier qui avait les sécateurs. Moi je commençais à me sentir pas bien, donc j'ai demandé une pause et je me suis assise. Alors le jardinier a dit 'Je vous ai causé des pépins, mais attendez, je vais les enlever.', c'est à ce moment que j'ai perdu connaissance, et quand je me suis réveillée, j'étais là, sans écorce, au milieu de votre rue.” “Bon, super. Je vous ai écoutée, maintenant je m'en vais.” “Mais me laissez pas comme ça espèce de monstre ! Trouvez un truc pour boucher mes plaies, que je puisse partir !”

Théo-Gandalf comprit qu'il continuerait d'entendre des hurlements tant que l'orange ne serait pas soignée. Il regarda autour de lui, chercha, examina, ... et trouva ce qui pourrait la sauver.

Le Jardinage de l'Extrême